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SOS-Homophobie lance une ligne d'écoute pour les seniors LGBT (2014)

Lutte contre l'homophobie : sortir les seniors du silence

L'association SOS Homophobie lance aujourd'hui une nouvelle campagne de promotion de son service d'écoute historique (le 01.48.06.42.41), avec spots audio, vidéo et affiches téléchargeables. Considérés comme sous-représentés parmi les appelants, les seniors font l'objet d'une attention toute particulière.

 

Façon scène de crime, le texte qui barre la photo d'une table d'échec abandonnée donne le ton : « Jeudi, 11h15, Maison de retraite. Michel refuse de jouer avec André, qui a des mœurs dégénérées ». La campagne de sensibilisation contre l'homophobie ordinaire qui débute aujourd'hui n'oublie pas les seniors. Justement parce qu'ils se font rares à utiliser la ligne téléphonique de SOS homophobie dédiée aux victimes LGBT (lesbiennes, gays, bisexuels et transgenres) créée il y a vingt ans : 6 % des appelants ont plus de 50 ans et à peine 2 % plus de 65 ans.« Proportionnellement, les seniors sont moins nombreux à nous appeler que ce qu'ils représentent dans la population. Il n'est pourtant pas possible que cette tranche d'âge soit plus épargnée que les autres par des actes ou des paroles homophobes, nous disposons d'un faisceau d'indices pour le penser », explique Michaël Bouvard, responsable de la commission Intervention et formation auprès d'adultes (Ifpa) de l'association.

Une catégorie sous-représentée

Les quatre verbatims "seniors" utilisés dans le cadre de la campagne (voir dossier de presse, en pièce jointe) ne sont « pas des témoignages directs. Ce sont toutefois des synthèses crédibles, visant à inciter les aînés à réagir, à réaliser que ce genre de comportement ou de remarque n'est pas acceptable », confie notre interlocuteur. Des témoignages leur sont en effet remontés, parfois indirectement, de personnes âgées prêtes à quitter leur maison pour s'éloigner d'un voisinage aux propos malveillants, d'un accueil dégradant à l'hôpital, ou par des soignants eux-mêmes harcelés par un ou deux collègues. « Et on sait que si des agents sont victimes d'homophobie, ce genre d'agissement glisse forcément vers les résidents », ajoute Michaël Bouvard. Si le numéro d'appel gratuit est bien connu dans la communauté militante LGBT, le monde associatif, les grandes agglomérations et parmi les utilisateurs d'internet (une version chat existe, très prisée des adolescents), on peut toutefois s'interroger sur les capacités des personnes âgées isolées à en prendre connaissance. « Certaines l'ont noté dans un carnet, quitte à le conserver un certain temps avant de nous appeler. Tout l'enjeu est effectivement de faire connaître ce numéro. On sait heureusement que la fracture numérique pour les seniors s'atténue.»
Les aînés constitueraient une manne de victimes silencieuses. « Ce sont des personnes qui ont été considérées jusqu'en 1990 comme des malades mentaux. Ce n'est que depuis l'année dernière que des conjoints du même sexe peuvent se marier, pour beaucoup c'est trop tard. Ils ont vécu toute leur vie dans l'invisibilité, l'intégration du tabou et du silence. Il est donc important d'aller toucher les populations les plus isolées, de leur dire que l'on est là pour eux. » Si la sexualité des personnes âgées en général reste un problème dans notre société, celle des transidentitaires, des bisexuels et des gays semble totalement niée. « Au-delà de l'homophobie, les personnes âgées devraient être libres de se sentir bien là où elles vivent, encadrées avec bienveillance. De vieillir dans une chambre où rien ne les empêche de poser le cadre de leur compagnon. »

"Les conséquences d'un coming out en établissement peuvent s'avérer douloureuses"

A l'autre bout de la ligne, les bénévoles sont « outillés à écouter, conseiller et orienter, quel que soit l'âge de l'interlocuteur ». S'il s'avère que la victime se plaint d'un membre du personnel d'un foyer ou d'une maison de retraite, et qu'elle souhaite obtenir une médiation, elle peut demander une rupture d'anonymat. C'est alors l'association qui prend contact avec la direction de l'établissement pour attirer son attention sur le problème. « Les conséquences d'un coming out en établissement peuvent s'avérer douloureuses. Il faut également attirer l'attention du personnel sur la nature des mots échangés entre résidents, sur le fait qu'il ne faut pas banaliser l'insulte. » Quid des formations adaptées aux personnels en structure d'accueil ? « C'est une des préconisations du rapport inter-associatif que nous avons remis en décembre à Michèle Delaunay [alors ministre déléguée en charge des personnes âgées, lire notre article du 2 décembre 2013]. Que les fédérations d'établissements signent une convention avec notre association et nous leur proposerons une formation à la carte sans problème ! » (voir encadré).
La campagne se décline également pour les femmes, les trans et les jeunes, « qui nous connaissent peu ». Lancée en septembre, c'est en tout cas une première dans le calendrier de l'association, rythmé médiatiquement par la publication du rapport annuel en mai et la marche des fiertés en juin. Le choix de la rentrée, un signal fort pour la prévention des ados ? Michaël Bouvard ne le dément pas : « Le vieillissement, ça se prépare. Autant s'y atteler dès septembre avec ces jeunes qui vieilliront un jour, comme cette vague de baby-boomer qui nous arrive. Mais jeune ou moins jeune, il n'est jamais trop tard pour tenter de désamorcer l'homophobie ordinaire ».

►Les affiches sont téléchargeables et imprimables à partir du lien http://www.sos-homophobie.org/ne-plus-se-taire

 

 

http://www.tsa-quotidien.fr/action-sociale/articles/fiche-ressource-impression.html?RessourceID=322484



02/10/2015
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