Grey PRIDE

Grey PRIDE

Plan senior parisien

Pour une Ville de Paris Amie des Aînés,

et pour le mieux être de tous :

un plan senior par des seniors parisiens

Par Christiane Gilon,

Sociologue socianalyste chercheuse attachée au laboratoire EXPERICE Education

tout-au-long de la vie, Université de Paris 8 Vincennes-Saint-Denis

CONFÉRENCE CITOYENNE

DES 26 MAI ET 7 JUIN 2016

Rapport remis à Dominique Versini,

Adjointe à la Maire de Paris, chargée de la solidarité, des

familles, de la petite enfance, de la protection de l’enfance,

de la lutte contre l’exclusion et des personnes âgées

2

SOMMAIRE

1. Portrait de la conférence citoyenne des seniors parisiens Page 3

Une conférence citoyenne, qu’est ce que c’est ?

320 réponses

110 indisponibles excusés

210 inscrits, dont 180 participants effectifs venus par amour de

Paris

Le dispositif

2. L’esprit du « plan senior » qui se dégage de la conférence citoyenne Page 5

La volonté d’affirmer et différencier, sans catégoriser par tranche

d’âge, les deux faces de l’allongement de la vie : l’énergie libre

des seniors (à soutenir), les fragilités de l’âge (nécessité de lignes

de défense).

L’oscillation entre recevoir et donner

L’hésitation entre améliorer ce qui existe et innover; entre

intransigeance et pédagogie

3. L’abécé du plan :

A - comme Adaptation à l’énergie des aînés :

1 ) Mobilité Page 6

2 ) Activité Page 8

3 ) Souci de soi : un esprit sain dans un corps sain Page 9

B comme la Bataille à mener

1) Lutter contre l’exclusion financière Page 12

2 ) Aider à se maintenir dans son logement Page 12

3 ) Bienveillance contre Maltraitance Page 13

C comme Conditions à réunir

1 ) Informer, former, accompagner Page 15

2) Participation citoyenne Page 16

3 ) Solidarité intergénérationnelle : liens et lieux. Page 17

3

la conférence citoyenne

• Une conférence citoyenne, qu’est ce que c’est ?

C’est la réunion de citoyens tirés au sort pour partager, élaborer ensemble les

savoirs tirés de leur expérience personnelle quotidienne sur un sujet donné. Les

conférenciers sont les citoyens eux-mêmes. Cette conférence-ci, organisée à

l’initiative de la Ville de Paris dans le cadre de la préparation du prochain schéma

en direction des seniors 2017-2021 doit aider la Ville à anticiper son adaptation

à la révolution de la longévité. « L’allongement de la vie et l’accroissement du

nombre de personnes âgées, loin d’être synonyme de déclin, est la porte d’entrée

de la modernité et du renouveau, la base d’une société adaptée aux évolutions

de demain. » 1

• 320 réponses

La Ville tiré au sort 2800 personnes de 60 ans et plus, sur les listes électorales

y compris Européennes. Plus de 300 réponses ont été reçues, 1/3 déclinant

l’invitation pour de multiples raisons, 2/3 positives. Le panel finalement obtenu

est représentatif de la diversité de Paris. Les participants sont pour moitié

femmes, pour moitié hommes (56 % de femmes). Les arrondissements sont

tous proportionnellement bien représentés. Toutes les catégories d’âge sont

présentes, mais avec une très forte participation des seniors de 60 à 75 ans (130

inscrits). Le panel présente une bonne diversité des métiers et des catégories

socioprofessionnelles, à l’image de Paris et de ses différents arrondissements.

• 110 indisponibles excusés

Pour moitié, ce sont des travailleurs non encore retraités, à qui le créneau

horaire - deux après-midi successifs en semaine de 15 à 20h - ne convenait

pas. Les autres ? Certains ont quitté Paris par choix pour aller vers le soleil ;

ou par contrainte car ne pouvant plus se maintenir dans Paris, à cause du coût

de la vie. Quelques-uns nous ont écrit pour dire qu’ils refusaient de travailler

dans ce cadre, parce qu’ils n’y croyaient pas ou parce qu’ils y étaient opposés.

Certains se sont inscrits trop tard. Enfin, profitant du fait que le sort les avait

désignés, quelques personnes ont adressé un appel au secours, et ces situations

individuelles ont fait l’objet d’un examen et d’un suivi par les services de la Ville

de Paris.

• 210 inscrits, dont 180 participants effectifs venus par « amour

de Paris »

Plus de 180 personnes âgées de 60 à 93 ans se sont engagées dans ce travail,

qui a occupé dix heures de réflexions concentrées sur deux après-midi espacés

de dix jours.

1 Serge Guérin, Silver Génération, 10 idées reçues à combattre à propos des seniors, Michalon, Nanterre,

2015

4

• Le dispositif

La réflexion s’est organisée en deux temps. Le 26 mai 2016 à l’Hôtel de Ville de

Paris, de 15 à 20h, ce fût un moment de recueil d’idées le plus ouvert possible,

qui a permis de choisir les sujets à approfondir le 7 juin. Le 7 juin 2016, cinq

heures ont été consacrées à cet approfondissement. Certains ateliers ont reçu

un responsable de la Ville de Paris chargé du domaine traité, pour un échange

sur le sujet, en fin d’après-midi.

Une équipe mixte de 16 personnes, sociologues, philosophes, urbanistes,

diplômés des sciences de l’Education, a conduit la conférence. 11 filles et 5

garçons… seniors et juniors.

• Liste des animateurs

ayant participé aux côtés de Christiane Gilon à l’organisation de la Conférence citoyenne :

- Audrey Pastel, géographe-urbaniste

- Christine Caille, Doctorante en Sciences de l’Education, Education tout-au-long de la vie, Université de Paris 8

Vincennes à Saint-Denis

- Costanza Tobacco, Master Pro Ethique et Responsabilité, Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne

- David Pailleret, Master Recherche de Sociologie générale, à l’Ecole de Hautes Etudes en Sciences Sociales.

- Elise Amedolea, Master Pro Ethique et Responsabilité, Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne

- Fabien Thomas, Master Pro Travail Politique et Parlementaire, Université de Paris-Ouest-Nanterre-La Défense,

- Julien De Sanctis, Master Pro Ethique et Responsabilité, Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, Doctorant

- Flore Ville-Gilon, Master Pro Ethique et Responsabilité, Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne

- Gaël Berthier, Master Pro Ethique et Responsabilité, Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne, comédien

- Juliette Didier-Champagne, Master Pro Ethique et Responsabilité, Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne

- Kareen Illiade, Docteure en Sciences de l’Education, Education tout-au-long de la vie, Université de Paris 8

Vincennes à Saint-Denis

- Leocadie Ngo Mbous, Docteure en Sciences de l’Education, Education tout-au-long de la vie, Université de Paris 8

Vincennes à Saint-Denis

- Lili Dubreuil, Master Pro Ethique et Responsabilité, Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne

- Marianne Mercier, Master Pro Ethique et Responsabilité, Université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne

- Patrice Ville, sociologue socianalyste

Note de lecture

- Ce document est une synthèse réalisée par Christiane Gilon

des réflexions des participants recueillies dans le cadre de la

Conférence citoyenne

- Les phrases en italiques sont des verbatim des participants issus

des ateliers de travail.

- Les préconisations sont issues d’ateliers de travail thématiques

5

lesprit de ce « plan senior »

Ce plan affirme la place et le rôle des seniors dans Paris, dont il prône le renforcement

volontaire en garantissant : la mobilité des seniors dans la ville; la possibilité pour

eux de rester actif en travaillant ou en s’engageant bénévolement; et le souci de

soi (culture, nature et santé, un esprit sain dans un corps sain). Par ailleurs, le plan

préconise de lutter beaucoup plus activement contre trois facteurs de fragilité de la

prise d’âge : l’exclusion, la maltraitance, l’isolement. Enfin, il pose trois conditions

sine qua non de réussite du plan senior parisien : l’information, la participation

citoyenne, et la solidarité intergénérationnelle.

La réflexion des participants se caractérise par plusieurs balancements entre

des positions apparemment opposées, mais qui constituent généralement des

approches complémentaires. Dans le rapport de synthèse, nous détaillons ces

différents balancements, car on ne peut affirmer que « les seniors » pensent ceci,

ni que « les seniors veulent cela ».

La volonté d’affirmer et différencier, sans catégoriser par tranche d’âge, les deux

faces de l’allongement de la vie : l’énergie libre des seniors (à soutenir), les fragilités

de l’âge (nécessité de lignes de défense).

Il ne s’agit pas de phases successives. Ni de moments liés à la succession des

ans. On peut être actif et fragile; on peut être un sexagénaire en perte d’autonomie,

un centenaire autonome et actif. Il faut éviter les catégories administratives liées à

la date de naissance.

• L’oscillation entre recevoir et donner

Quel que soit le sujet abordé, les participants ont oscillé entre ce que Paris peut/

doit faire pour les seniors d’une part; et ce que les seniors peuvent apporter à

Paris d’autre part. Dans cette affaire d’adaptation de la ville à la nouvelle longévité

de ses habitants, rien ne se fera de neuf sans un échange à double sens entre

Paris et les seniors parisiens.

• L’hésitation entre améliorer ce qui existe et innover ; entre

intransigeance et pédagogie

Les participants ont souvent tenu à ne pas réinventer la poudre, sachant ou

découvrant que parmi leurs idées, certaines étaient déjà mises en oeuvre, le

manque d’information étant alors pointé comme un problème crucial à

résoudre. Ils ont été partagés entre conserver et améliorer ce qui existe déjà, ou

plutôt inventer de nouvelles manières de vivre les âges de la vie en société, dans

une grande métropole comme Paris.

Un autre balancement va de l’imposition pure et dure de règles, à la négociation

et la recherche consensuelle d’une certaine douceur de vivre ensemble…

Pour autant, quoique traversé par ces balancements, le résultat des travaux est très

cohérent : les participants ont élaboré la vision claire d’une cité « amie des aînés »,

au sens d’une ville plus humaine. L’instrument de mesure de cette nécessaire

humanisation de la ville est une personne appelée à vivre à Paris très longtemps,

dans une continuité sans ruptures.

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labécé du plan

• A comme Adaptation à l’énergie des aînés

1. Mobilité

Voici le chapitre quantitativement le plus étoffé de la conférence, le point alpha

de l’autonomie, et qui arrive avant la santé ou l’activité. Un vrai Parisien, quel

que soit son âge, circule, bouge, il est mobile. L’espace public lui appartient.

Et, quand on est retraité, l’espace public prend une importance encore plus

grande car il participe de la fonction de socialisation que le travail exerçait.

Pour les participants, la rue est l’épreuve de vérité de la bienveillance

d’une ville envers ses habitants. Leur adage : dis-moi comment tu traites le

senior piéton dans tes rues, tes avenues, tes carrefours, tes passages piétons,

et je te dirai si tu es une ville amicale envers les aînés…Or, à Paris, le senior

piéton n’est pas incité à s’attarder dans la rue : on enlève systématiquement

les bancs, la ville manque de sanisettes, le mobilier urbain n’est pas accueillant

et donne à l’espace public un aspect inconfortable. Le senior piéton est très

soucieux de ce qui le met en danger (lui et les autres). Le constat unanime a

été le suivant : il n’y a plus que les voitures qui ne circulent pas sur les trottoirs !

Déambuler sur les trottoirs, c’est prendre le risque de voir sa vie brisée par un

bête accident du fait des incivilités des autres usagers, et du manque de respect

du code. Un manque flagrant de police et l’absence de sanctions sérieuses

par rapport aux transgressions des règles est déploré, suscite la colère. La

conférence citoyenne a bâti un plaidoyer pour la reconquête de la rue par le

piéton senior, pour l’adaptation des véhicules, et des transports en commun,

pour que les incivilités soient radicalement combattues… Et pour la propreté de

l’espace public.

Préconisations :

- Une demande unanime : le passage par une phase d’autorité (rappel

de la loi et sanctions) suivie d’une transformation des comportements par

l’implication de tous. Car au niveau des comportements, ce qui marche,

c’est le regard de désapprobation de l’autre.

- Un code commun aux usagers de la route et des trottoirs.

- Le développement du rôle des écoles, et des seniors eux-mêmes dans

l’éducation civique à l’école, en profitant de la réforme des rythmes

scolaires.

- Des lanceurs d’alerte volontaires connus comme tels, qui signaleraient à

la mairie les petits problèmes quotidiens d’incivisme. Les bailleurs sociaux

et les gardiens d’immeubles font partie de la restauration du civisme; des

assemblées générales de locataires seraient nécessaires pour s’expliquer

sans s’agresser.

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- Des rituels d’intégration au mode de vie français pour les étrangers venus

vivre en France, afin d’éviter les incompréhensions mutuelles et les tensions.

Un ciblage des différents publics inciviques pour éduquer et dissuader.

- Agir sur l’environnement physique pour modifier les comportements

inciviques en donnant une place à ceux qui, sinon, occupent l’espace de

force (motos, vélos, jeunes).

- Réaliser des aménagements urbains favorables aux seniors (et à tous !)

- Régler la question des vespasiennes. Cartographier les sanisettes.

- Accueillir les SDF dans des locaux de la ville, associer les seniors à un

accueil humain.

- Mener des concertations régulières avec les habitants sur le thème du

partage de l’espace

- S’inspirer des bonnes pratiques des autres villes pour mettre fin à la

saleté.

- Ne jamais oublier l’exigence d’intégrer les personnes handicapées, que

les seniors incluent dans leur programme de reconquête de l’espace public.

Pour se déplacer, circuler dans la ville, ou en sortir, les seniors parisiens

acceptent de prendre les transports en commun (plutôt que leur voiture),

mais à condition de les adapter car les transports en commun parisiens sont

inconfortables, certains métros sont vieux; les nouveaux abris bus « ont été

conçus par des gens qui n’ont jamais pris le bus ». Il y a de sérieux problèmes

d’accessibilité au métro, trop d’escaliers, un manque cruel d’escaliers roulants,

d’ascenseurs, ce qui fait que le senior peut se retrouver piégé. La conduite des

bus est brutale, il faut s’accrocher pour ne pas tomber ! Beaucoup d’incivilités

sont à déplorer dans les transports. La fréquence, la régularité laissent à désirer.

Les solutions découlent naturellement de ces constats. Mais aussi d’autres

moyens de transport seraient à développer, plus petits, souples, mieux

adaptés, pas forcément RATP, qui résoudraient pas mal de difficultés : Rickshaw,

Trishaw ; taxis collectifs, type We cab ; fiacres…Un « Shuttle », électrique, non

polluant, que l’on réserve à l’avance pour partager un trajet vers les aéroports

notamment. Un système de transports en commun par navettes entre les gares

qui n’existe pas aujourd’hui.

La nécessité de réduction de la place de la voiture à Paris est un fait

admis. Mais qu’on veuille bien l’entendre ou non, la voiture reste un moyen de

mobilité pour les seniors, et participe de leur vie sociale. Il n’est pas possible

de la supprimer purement et simplement. Cela reviendrait à exclure en même

temps de la ville les seniors les moins mobiles. Pour maintenir « l’automobilité »

des seniors dans Paris : meilleure régulation du trafic (des priorités selon le profil

professionnel, et une autorisation de rouler pour les détenteurs de la carte senior

même avec une auto diesel ou un vieux véhicule…) ; véhicules électriques non

polluants et autolib’ aux couleurs plus attrayantes; davantage de systèmes de

recharge des batteries; des véhicules de service sans chauffeur, à louer pour

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quelques heures; des voitures téléguidées; davantage de covoiturage; davantage

de parkings souterrains; l’augmentation de l’offre de parkings résidentiels; des

parkings aux Portes de Paris; le péage urbain pour accroître les effets positifs du

covoiturage et l’utilisation des transports en commun.

2. Activité

Du jour au lendemain de son départ à la retraite, le senior est vu comme une

charge, et non plus une ressource. Alors que rester actif est pour lui vital, c’est

le meilleur moyen de vivre autonome le plus longtemps possible, lutter contre

l’isolement, rester « dans le coup », apporter ses connaissances et son expérience

à la collectivité. Quelques pistes :

- Commencer par mieux définir le statut de « senior » et changer l’image

des retraités

- Accompagner le passage à la retraite au niveau des Mairies

- Favoriser la possibilité de travailler, en proposant des formes alternatives

d’emploi.

Les Mairies d’arrondissement pourraient mettre en place des antennes mettant

en relation des seniors qui veulent travailler avec une entreprise privée ou des

institutions publiques qui auraient besoin d’aides ponctuelles. Des bourses

aux propositions, compétences et disponibilités d’emplois pour les seniors,

permettraient de coordonner ces offres et d’orchestrer la rencontre avec les

demandes. Un système d’appel d’offres vers les seniors serait très utile. Un

service volontaire et rémunéré pour des seniors intermittents du travail,

permettrait d’être vacataire dans l’administration ou en entreprise. Un service

civique senior rémunéré a été pensé comme un moyen de modifier le regard

intergénérationnel. Ce serait un partenariat entre les services de l’État et les

seniors, permettant une meilleure insertion des jeunes en difficulté, évitant à ces

derniers une marginalisation grâce à un accompagnement personnalisé par des

seniors.

- Favoriser le bénévolat des seniors. Ici, le senior ne demande rien : il

n’a pas envie ni besoin d’être rémunéré. Il a envie de donner, il refuse de

devenir passif.

Le bénévolat est une façon de répondre à ces envies, sans pour autant se situer

nécessairement dans la continuité de sa carrière professionnelle.

Il y a bien des types de bénévolat à connaître et à imaginer. Que l’on soit bénévole

auprès de jeunes ou auprès de personnes très âgées, il faut être formé. Des

services de formation pour bénévoles sont donc à imaginer, afin de garantir le

meilleur service possible. Beaucoup de structures d’échanges existent déjà. Ce

qui manque aujourd’hui, c’est plutôt une « structure incarnée », qui ne soit pas la

Mairie mais un organisme indépendant ad hoc, qui développerait une démarche

d’interconnexion des organisations proposant des échanges de compétences,

ce qui permettrait d’insuffler dynamisme et stabilité à ce secteur. Ce serait

également un moyen de rendre plus visible ce qui existe. Un lieu dédié aurait

l’avantage de faciliter l’organisation en fournissant des salles, tout en faisant

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office de lieu d’accueil pour ceux qui souhaitent se renseigner, en complément

d’un site internet. La Mairie aiderait à son financement, à la recherche de locaux,

mais n’en serait pas gestionnaire. Une fois qu’une structure centralisant ce qui

existe est mise en place, on peut imaginer un mécanisme de fonctionnement

similaire aux agences d’intérim, où ceux qui le souhaitent pourraient proposer

leurs compétences pour de courtes missions. Cela permettrait de conserver

une certaine souplesse, en connectant directement besoins et ressources. Un

recensement des compétences, sous la forme d’un arbre de connaissances,

un arbre de compétences, et d’un arbre des besoins , pourrait être le support de

cette mise en lien entre besoins et ressources, offre de compétences et besoins2.

Il est possible aussi d’avoir une monnaie fictive, ou des trocs de services (par

exemple, j’échange deux heures d’anglais contre deux heures de couture ; un

cours de cuisine contre un relooking de mon CV).

3. Souci de soi : un esprit sain dans un corps sain

Dans la représentation commune, le senior est une personne fatiguée par la

vie qui doit se reposer, afin de se préserver contre l’effort et conserver le plus

longtemps possible une bonne santé physique et mentale. Les participants

ont renversé cette logique : pour rester en bonne santé, il ne s’agit pas de

renoncer progressivement à l’activité physique et mentale, mais au contraire de

l’entretenir tout au long de sa vie, en tenant compte, en même temps, de sa

condition physique personnelle. Il ne s’agit pas d’en faire trop, mais d’en faire

assez. Pour rester autonome, le souci de soi est la clef. Le souci de soi exprime

plus justement les choses que le « bien être », car il met l’accent sur le travail

que chacun est amené à entreprendre pour soi-même, et pour la Cité (cf Michel

Foucault). Il peut être rapproché du care, fondé sur un rapport de proximité à

l’autre, et que la conférence a également développé dans les chapitres consacrés

à la lutte contre la maltraitance et à la solidarité intergénérationnelle.

Le caractère collectif et intergénérationnel des activités sportives,

culturelles, écologiques et de santé, est déterminant : il ne s’agit pas ici d’un

souci de soi égocentrique et coupé des autres, la dimension collective des

activités est aussi importante que leur existence, voire plus : elle est vitale pour

la santé et outrepasse l’activité en elle-même.

Une idée générale : le PASS SENIOR. Fourni lors du passage à la retraite, dans

le cadre de la simplification administrative et de la reconnaissance du passage à

une autre phase de l’existence, le PASS SENIOR ferait la transition entre la vie

professionnelle et la « carrière » de retraité. Ce serait une sorte de carte vitale

contenant toutes ces informations qu’un malheureux retraité ne cesse de redonner

aux différentes administrations. Avec ce PASS SENIOR, tout aîné bénéficierait en

outre d’une sorte de statut lui servant de coupe-file pour les expositions, les accès

en piscines, au gymnase… Au théâtre, dans les salles de spectacle…

2 Ce sont des systèmes qui mettent en lien des personnes offrant de partager des connaissances et des

compétences tout en indiquant leurs propres besoins de connaissances ou de compétences. On offre et

on demande en même temps.

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> La santé-prévention par le sport

- La plupart des Aînés a du mal à identifier le sport adapté à sa condition de

santé. Il faudrait plus de sport pour les seniors, plus de possibilités, une

meilleure adaptation des équipements, des horaires, plus d’informations :

faire un journal @nousParis, consacré aux possibilités sportives pour

les seniors parisiens.

- La création de centres sportifs dépendants de la mairie ou d’associations,

serait bienvenue.

- Certains seniors pratiquent suffisamment certains sports pour être en

capacité de faire faire des exercices à d’autres, comme la sophrologie,

le taï-chi. Les seniors pourraient donc s’organiser entre eux et être à

l’origine de sessions sportives autonomes, le tout étant d’avoir pour

cela un lieu (par exemple un jardin, comme le square du Temple dans

le 3e arrondissement). Une autre idée : que les associations sportives

développent davantage d’activités ( pétanque, ping-pong etc.) dans les

jardins publics.

> La santé-prévention par la culture

Encore une fois, comme pour le sport, l’adaptation de l’accès à la culture est la

grande attente (coupe-file, horaires adaptés, multiplication des bibliothèques et

des bibliobus, davantage de spectacles, un tirage au sort pour l’attribution des

places…). Les parisiens âgés adorent la culture mais considèrent que l’accès aux

espaces culturels est bien trop cher. Ils aimeraient des prix plus variés et adaptés

pour les spectacles (cinéma, théâtre, opéra, etc.). Un Pass Culture devrait offrir

des tarifs réduits aux seniors (à recouper avec l’idée de PASS SENIOR).

Un meilleur accès de tous les seniors à des dispositifs de développement

personnel est souhaité gratuitement ou à tarif réduit (accès aux formations et

aux universités en auditeur libre ou en tant qu’étudiant, avec des parcours

intergénérationnels ; débats et discussions civiques intergénérationnels;

échanges culturels internationaux entre seniors, de type Erasmus, liés à

des thématiques telles médecine, philosophie, politique…

L’accès à la culture passe aussi par la télévision. Il faudrait plus de chaînes en

direction des seniors et qu’ils puissent décider eux-mêmes des chaînes de leur

abonnement.

Les seniors aiment échanger entre eux et avec les plus jeunes, la seule difficulté

étant de trouver un lieu attitré où se réunir. De façon générale, les participants

aimeraient que les quartiers soient équipés de locaux autogérés par les seniors

pour se retrouver et s’organiser eux-mêmes, pour des rencontres, des soirées

thématiques, des séances d’entraide sur divers sujets qu’ils détermineraient

ensemble. L’organisation par les mairies d’évènements est appréciable. Les

mairies pourraient poursuivre leurs efforts en ce sens. Que les mairies n’hésitent

donc pas à interroger les seniors, qui ne manquent pas d’idées !

11

Le jeu reste essentiel à tous les âges, jeux de cartes, jeu de boule… Oui aux

centres de jeux, pistes de jeu de boules pour personnes âgées. Une cartographie

des terrains de boule parisiens serait un plus.

> La santé-prévention par l’écologie

L’effort de la Ville pour végétaliser et notamment donner accès aux jardins

secrets de Paris est reconnu mais Paris reste gris. Voir se multiplier les jardins

partagés, intergénérationnels de préférence, est un voeu de la conférence.

Beaucoup d’espaces ne sont pas utilisés, ce qui est infaisable dans la rue peut

se faire sur les toits. Certains carrés de verdure potentielle installés autour

des arbres dans les rues ne sont pas utilisés. Les seniors peuvent aider à lancer

le mouvement. Il faudrait que ceux qui le souhaitent bénéficient de cours de

jardinage. Une bonne pratique : s’inspirer de la chambre d’horticulture du Jardin

des Plantes. Ces espaces de verdure doivent être équipés de bancs à proximité

pour le plaisir de contempler les fleurs, car les seniors ont parfois des difficultés

physiques à jardiner sur de petits espaces (autour des arbres par exemple).

> La santé - guérison : pour un meilleur accès a des soins de qualité à proximité

L’amélioration de l’accès aux soins, comme l’accès aux sports et à la culture, est

indispensable au bien-être des seniors. Les participants à la conférence regrettent

la fermeture de grands hôpitaux à Paris. Le souhait : des maisons de santé de

proximité, davantage de cabinets médicaux, des médecins généralistes et

spécialistes se déplaçant à domicile. On manque de médecins dans certains

cabinets médicaux de Paris : il faudrait centraliser les demandes d’installation

des jeunes médecins. La conférence propose aussi de centraliser l’information

concernant les différents cabinets de médecine auprès de la mairie pour que

tout senior soit pleinement conscient des différentes prestations disponibles.

> Le droit de mourir dans la dignité

On vit dans une société qui promeut l’autonomie de l’individu destiné à vivre

plus longtemps qu’autrefois, mais c’est une autonomie limitée aux choix de vie,

le choix de la mort ne fait pas partie de l’autonomie reconnue et souhaitée par les

pouvoirs publics. Cette contradiction est source de souffrance et d’incertitude

concernant les conditions de la fin de vie de chacun. Cette question fait partie

du thème de l’adaptation à la longévité, même si elle reste controversée, et si

elle dépasse la compétence de la Ville de Paris.

12

• B comme la Bataille à mener

Trois lignes de défense contre l’exclusion des seniors

1. Comment contrer l’exclusion financière des retraités ? Paris est une ville

où la vie devient de plus en plus chère, tandis que les retraites diminuent,

et/ou sont trop petites pour y rester… Comment éviter d’être éliminé par

l’argent ?

2. Comment ne pas se faire chasser de son logement, de son quartier

? Quelles adaptations de son logement ? Quelles solutions innovantes

pour rester chez soi ?

3. Comment lutter contre les maltraitances qui frappent les personnes âgées

en résidence, en EHPAD, dans les administrations, dans les commerces ?

Comment éviter les agressions dans la rue, les arnaques ?

1. Lutter contre l’exclusion financière

Le minimum vieillesse est très bas, les retraites n’augmentent pas, ou baissent,

sont amputées. On demande davantage de participation financière aux seniors,

et c’est normal. Mais les formes d’aide et les tarifs devraient être adaptés,

repensés pour être justes tout en prenant en compte la diminution des ressources

lors du passage à la retraite. Les problèmes de coûts sont préoccupants dans

les domaines suivants :

• Le coût des transports : des personnes âgées renoncent à se déplacer

car ce coût double à la retraite, quand l’employeur ne prend plus en

charge une partie. Alors ? Gratuité ou pas ? C’est une question qui a

suscité beaucoup de débats.

• L’accès à la culture : mêmes questions. La plupart ne souhaite pas la

gratuité. Mais une adaptation est à penser, dans laquelle la Ville jouerait

un rôle.

• Le coût du logement. Qu’il s’agisse d’adaptation ou d’isolation (phonique,

thermique…) le coût est discriminant, injuste. Une situation à ne pas

laisser en l’état.

• Le coût des soins et de l’aide à domicile génère de grandes différences

de situation.

• Le coût des maisons de retraite à Paris : le souhait est émis de voir

construits de nouveaux logements pour personnes âgées. Paris pourrait

aussi investir en province, ou dans les banlieues proches. Il faut raisonner

à l’échelle du Grand Paris, qui offre des possibilités..

13

2. Aider à se maintenir dans son logement

Comment éviter d’être chassé de son logement, de son quartier ? C’est un

souci très largement partagé. Comment ne pas être obligé de quitter Paris

parce qu’on est vieux. Quelles adaptations de son logement ? Quelles solutions

innovantes pour rester chez soi ? Une stratégie de développement de

logements adaptés à chacun dans Paris est-elle possible ? Les personnes

âgées ont envie de rester le plus longtemps possible à domicile par tous

les moyens. Rester dans son logement, c’est connu, passe par des aides à

l’adaptation du logement au vieillissement de la personne qui l’occupe; et

par des services à domicile (points abordé précédemment)… Mais aussi par

le développement de nouvelles formules de partage des logements :

colocation, cohabitation. L’idée étant que la personne reste chez elle le

plus longtemps possible, mais pas dans la solitude, et dans une visée de

lien intergénérationnel. Les nouvelles pistes : un système d’échanges

d’appartements et de changement de logement vers un logement plus

petit, mieux adapté et pas plus cher; la création par des jeunes de nouvelles

résidences seniors dans des locaux de la ville ou dans des locaux préemptés

par la ville; les surélévations des immeubles, l’utilisation des « dents creuses »

pour augmenter l’offre de logements; le développement de la solidarité entre

voisins, l’entraide : on peut penser entraide de quartier mais aussi des comités

d’entraide au sein de chaque immeuble… Rares sont les immeubles où l’on

trouve des lieux communs : or il faudrait voir comment les personnes âgées

peuvent devenir une ressource pour les autres. La mise en place d’une alerte

solidaire par les mairies serait bienvenue. Une proposition de construction

d’immeubles solidaires3 a été travaillée, évitant de catégoriser les personnes

par âge, de manière à stimuler la solidarité par la conception de l’espace.

Pour cela, pourrait-on faire des appels à projet et stimuler les possibilités de

monter ces projets d’immeubles inscrits dans des valeurs humaines de

solidarité et de partage ? Il y a des friches industrielles, des friches de transport

qui pourraient être utilisées à cet effet. Lors du recrutement des locataires, on

expliquerait que ce sont des logements solidaires et que chacun a un rôle capital

à jouer dans l’immeuble. Dans ce type d’immeuble, l’individuel s’articulerait à du

collectif. Liste d’équipements et possibilités d’échanges de services dans

les immeubles solidaires : une buanderie (machine à laver, sèche-linge, espace

pour repasser). Une salle de sport. Un local de bricolage avec des outils mis à

disposition. Des caissons capitonnés dans la cave pour faire de la musique.

Des vélos électriques avec des chargeurs de batterie. Une borne pour voitures

électriques reliée au compteur central avec un décompte individuel. Un tableau

d’affichage des trocs : « J’ai du temps de libre, je peux garder vos enfants ». « Je

sais faire la cuisine, je peux venir faire la cuisine chez vous pour vos amis ». « Si

je suis six mois hors de Paris, mon appartement peut être alloué à un étudiant »,

etc. Les participants ont eu l’idée d’un label d’immeuble solidaire.

3 « L’essentiel est de rendre humaine une collectivité de personnes qui cohabitent. Quand le bâti est bien

conçu au départ avec l’accessibilité, et des lieux en commun, alors des échanges peuvent se développer

entre les gens. À l’intérieur de ces lieux communs, chacun a son métier, peut proposer ses services à

l’autre, et vice versa. C’est un échange gratuit. C’est une dynamique à laquelle ceux qui sont un peu frileux

finissent par adhérer. C’est toute une éducation à avoir ensemble ».

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3. Bienveillance contre Maltraitance

Comment lutter contre les abus dans les administrations, dans les commerces ?

Comment éviter les agressions, les arnaques ? Comment faire la chasse aux

mauvais traitements des seniors de la part des personnels d’aide à domicile

(problèmes de compétences et de comportements) ; dans les centres sociaux

( accueil dissuasif, manque de formation) ; dans les résidences et les EHPAD

(manque de formation, manque de considération, infantilisation, solitude) ; de

la part de l’administration (bureaucratie excessive, passage au numérique sans

se préoccuper des seniors, et dématérialisation brutale des impôts, caisses de

retraite, tickets de métro…). L’épuisement des aidants a également été souligné.

Les pistes d’action sont :

- Le PASS SENIOR (page 8) pour simplifier l’ensemble des démarches

administratives en créant une carte de type carte vitale où il y a tout, et

qui sert de coupe-file (cf. chapitre Souci de soi).

- L’aide administrative aux seniors (démarches, informatique).

- Prendre soin de ceux qui prennent soin des personnes âgées

Transformer les comportements, apaiser les relations entre les personnes

âgées et ceux qui les aident. Les pistes à suivre sont la reconnaissance,

l’écoute professionnelle et la formation des personnels à l’empathie, la

bienveillance, la considération, la patience (EHPAD, résidences, Caisses

d’action sociale); la formation et le parrainage des bénévoles. Recourir à

des médiateurs pour régler les conflits dans les résidences.

- La labellisation et le contrôle des sociétés et associations de service à

domicile, une charte.

- La sensibilisation de tous à la politesse, l’attention, la considération et

la bienveillance envers les personnes âgées pour lutter contre l’agressivité

envers les « vieux ».

- Une école pour les personnes âgées tyranniques pour leur apprendre

à respecter les personnes qui les aident, que ce soient les bénévoles ou

les aides.

- L’aide aux aidants pour qu’ils ne s’épuisent pas, avec des structures

d’accueil de jour, du senior-sitting, la multiplication des cafés des aidants

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• C comme conditions à réunir

Trois conditions sine qua non de réussite du plan seniors

1. Pour rester dans le coup, il faut connaître ce qui existe, ce qui est proposé aux

seniors, faire circuler la connaissance. Comment faire pour que l’information

atteigne les seniors auxquels elle est destinée ?

2. Pour prendre la place due aux seniors dans la nouvelle société à grande

longévité, il faut participer davantage à la vie de la Cité. Comment augmenter

la participation citoyenne des seniors (nouvelles formes de participation) ?

3. Pour contrer les phénomènes d’isolement, vaincre la solitude urbaine, il faut

développer la solidarité et les liens intergénérationnels. Comment ?

1. Informer, former, accompagner

L’information ne parvient pas à tous les seniors auxquels elle est destinée, alors

même qu’elle est un vecteur essentiel de lutte contre l’isolement. La maison, le

« chez soi », est la base vie du retraité. Or, il y a de moins en moins d’envois à

domicile par la poste de documents d’informations sur la ville. Paris.fr donne

accès à beaucoup de données, mais les personnes âgées aiment les écrits, «

quelque chose à feuilleter ». Beaucoup d’idées ont été lancées pour trouver les

seniors que l’on veut informer ou pour aider les seniors à chercher eux-mêmes.

Une des premières conditions d’adaptation de l’information pour qu’elle atteigne

sa cible, est de créer une information spécifique, familière, régulière,

de lui donner une identité reconnaissable facilement (typographie, logo : un

logo senior qui donne envie d’embarquer sur le bateau… de la Ville de Paris

bien sûr ! ). Faire un état des lieux de l’information et si possible, utiliser les

fichiers électoraux pour cibler les publics et communiquer directement par

mail ou papier sur les activités de la mairie. Maintenir de manière régulière la

distribution de documents d’information personnalisée par voie postale à

domicile. Là où il y a encore des concierges, passer par eux. De l’humain

avant tout : une ou plusieurs réunions post-retraite présentant un panoptique

des possibilités et des moyens de s’informer. Une bonne pratique qui existe

déjà dans certains arrondissements : une journée destinée aux seniors

dans chaque arrondissement pour les informer de leurs droits. Des stands

éphémères d’information dans des lieux stratégiques, notamment sur les

marchés. Une centralisation de l’info senior par une personne humaine

en mairie. Multiplier les bus d’information mobile (le Mairie-bus) avec

identification visuelle. Des lieux dédiés d’information et d’accompagnement :

idée d’une maison civique. Un plan d’accompagnement au numérique,

spécifique pour les seniors, dans ces lieux dédiés ou en Mairie, ou dans les

cybercafés, en passant par de formes pédagogiques nouvelles d’échanges

de savoirs intergénérationnels. Afficher les informations dans les lieux

stratégiques où passent quotidiennement les seniors. Mettre à disposition un

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numéro vert spécifique pour les seniors, un numéro direct, avec au bout de la

ligne une personne, disponible 7j/7j et 24h/24h et qui vous oriente quelle que

soit la question. Utiliser des canaux populaires autres qu’internet ou la poste

pour transmettre l’information, comme la radio (une fréquence « Radio Paris »,

avec des moments seniors) ou la télévision, en utilisant le logo et la typo. Créer

et diffuser un hebdomadaire senior papier et numérique « À nous Paris ».

Améliorer le site de la Mairie de Paris avec espace senior et navigation

confortable. Mieux utiliser le numérique. Une action de prévention spécifique

seniors sur les risques.

2. Participation citoyenne

La participation citoyenne a été identifiée comme un des leviers primordiaux

de construction d’une ville amie des aînés. La question du citoyen senior ne

peut être délaissée car les plus de 60 ans seront de plus en plus nombreux

à l’avenir. Les témoignages sont très clairs à ce sujet : de façon générale,

les Aînés souhaitent participer plus systématiquement à la gestion des

affaires urbaines : nous, on a le temps de réfléchir, on a le temps de donner,

on a le temps, finalement, d’apporter un regard beaucoup plus large et d’être

constructifs. La clé de cette participation est liée à la capacité d’agir en amont

des décisions. Sous quelles formes organiser cette participation aux délibérations

concernant les politiques urbaines ? Il y a très peu de participants aux conseils

de quartier. Comment faire alors ?

Le pouvoir de participation du citoyen commence par une bonne information

sur ce qui existe, la diffusion au plus grand nombre les règles et les lieux

d’expression citoyenne. Toutefois, si l’information constitue le préalable de la

participation, elle n’en reste pas moins une donnée passive. Pour que l’information

débouche sur une démarche active de participation, il faut être informé et avoir

la certitude d’être entendus, la confiance. La conférence citoyenne basée sur le

tirage au sort est une bonne illustration de participation citoyenne. Son succès

pousse à réfléchir au rôle incitatif de l’invitation pour les seniors. Ils ont plusieurs

fois indiqué que cette invitation leur a donné envie de venir et de participer. Pour

rappel, les inscriptions à cette conférence ont été si nombreuses qu’un plafond

du nombre de participants a dû être établi en urgence.

Créer des contre-pouvoirs est nécessaire pour rétablir l’équilibre

démocratique : donc (il faut créer des collectifs qui soient) comme du poil gratter

qui les ramènent à la réalité, parce que les politiques sont tellement loin de ce

qui se passe dans la ville et dans la vie, et des soucis quotidiens du citoyen. Les

seniors précisent qu’il ne faut surtout pas que ces collectifs s’apparentent

à des commissions : Edgar Faure disait qu’à chaque fois qu’on ne sait pas

faire, on crée un comité Théodule. Le nom adéquat reste à trouver, mais les

participants proposent plutôt la création d’une structure inspirée du conseil

des Anciens des sociétés plus primitives. Cette structure serait composée de

seniors désireux de mettre à disposition leurs compétences, leurs connaissances,

leur vécu et leur énergie pour répondre aux problématiques communes

au sein de la Cité. Ce serait « une démarche professionnelle et structurée »

complémentaire et non substituable aux organismes professionnels d’expertise

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déjà existants. Ce conseil, missionné par la mairie, aurait un rôle stratégique,

car il se situerait en amont des décisions. Son objectif ne serait donc pas

d’interpeller, mais d’analyser et de proposer. Le numérique sera un allié dans

le développement de la participation citoyenne des seniors. Les participants

suggèrent un sondage délibératif régulier, sur une base hebdomadaire comme

un panel de consommateurs. L’intervention citoyenne doit aussi s’appuyer sur

des utopies. Les idéaux sont des façons de trouver les bonnes solutions.

3. Solidarité intergénérationnelle : des liens et des lieux.

La solitude est un problème majeur pour les seniors. Comment s’adresser à

ceux qui n’échangent plus ou ne sortent pas ? Il y a des gens qui ne parlent à

personne de toute l’année ! C’est ça le plus grave. Comment créer des liens à

l’échelle du quartier ? La Mairie de Paris pourrait s’appuyer sur différents acteurs

pour répertorier les personnes isolées comme elle le fait lors des épisodes de

canicule.

Certains participants souhaitent que la Mairie encourage le maintien des

logements de concierges dans les immeubles. Une autre idée serait de créer

des concierges de quartier chargées d’un îlot.

Beaucoup souhaitent donner de leur temps bénévolement pour d’autres seniors

qui en ont besoin. Ils souhaitent former une sorte de brigade de seniors avec

mission d’effectuer des visites au domicile des personnes âgées isolées. La

Mairie de Paris organiserait le recrutement et définirait leurs missions. Il faut

des bénévoles qui y vont avec leur coeur, pas des professionnels. Les services

sociaux indiqueraient aux bénévoles ce que les personnes isolées souhaitent.

Rappelons ici le thème non négligeable des animaux de compagnie reconnus

moralement très bénéfiques. Parfois, leur grand âge ne permet pas aux seniors

d’en adopter un, puisqu’ils ont peur de partir avant l’animal. Aussi, un parrainage

avec des personnes plus jeunes qui accepteraient de récupérer l’animal suite au

décès de la personne avait été suggéré. Un partage des animaux de compagnie

a aussi été suggéré.

Les rencontres entre seniors sont essentielles. Ce point est lié à l’information

et à la formation. Dans la conférence, on l’a vu, les participants ont utilisé

différents mots pour désigner des lieux de rencontre intergénérationnels à

créer (maison des associations, maison du savoir, maison de la culture, pubs,

clubs, foyers-logement). Ils souhaitent aussi des lieux entre seniors, où l’on

trouve tout, une sorte de maison Couteau Suisse. Il faut une maison de senior

par quartier ou bien « faire un recensement de tous les lieux qui existent,

et redéployer les moyens. Voici leur définition de ce qu’est un lieu réservé et

préservé : c’est un lieu d’information et de rencontres, géré par la Mairie de

Paris, un point de repère stable et sûr, animé par un professionnel employé par

la Mairie toute l’année (pas de bénévolat); c’est un lieu convivial qui propose

différentes animations, des sorties, des ordinateurs; un lieu où les personnes

sont autonomes, accessible à tout le monde librement.

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Les seniors regrettent de ne plus être au contact des plus jeunes. Ils trouvent que

les enfants sont toujours à l’école. Des partenariats avec les écoles pourraient

réunir jeunes et seniors pendant les cours, les temps de pause, pendant ou après

la cantine scolaire, pendant la récréation. Certaines classes peuvent proposer

des projets pédagogiques pour aller voir des seniors isolés. La brigade de

seniors pourrait emmener des jeunes dans les bibliothèques, garder les enfants

quand il y a grève… L’organisation des temps d’enseignement pourrait être

modifiée pour libérer du temps pour des enseignements intergénérationnels.

Les professeurs de la Ville pourraient donner, en dehors des heures scolaires, des

enseignements conjoints à des seniors et des enfants. Les seniors et les enfants

seraient au même niveau. Ils partiraient de l’expérience d’un même domaine

pour échanger. Le professeur pourrait même organiser du tutorat afin qu’il y ait

passation de savoir du senior vers l’enfant. Quel autre domaine peut favoriser

la rencontre jeune/senior ? L’informatique bien sûr…où le tutorat fonctionnerait

dans l’autre sens …

Un clip vidéo réunissant des jeunes et des seniors permettrait de montrer qu’on

existe, et qu’il ne faut pas nous ignorer, on fait des choses, on sert à quelque

chose. Les participants voudraient changer le regard sur les seniors et lutter

contre les idées reçues, pouvoir multiplier les échanges sur les différences entre

les générations…

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POUR UNE VILLE DE PARIS AMIE DES AÎNÉS, ET POUR LE MIEUX ÊTRE DE TOUS :

UN PLAN SENIOR PAR DES SENIORS PARISIENS

Par Christiane Gilon, Sociologue socianalyste chercheuse attachée au laboratoire EXPERICE

Education tout-au-long de la vie, Université de Paris 8 Vincennes-Saint-Denis

CONFÉRENCE CITOYENNE - DES 26 MAI ET 7 JUIN 2016

Pour Dominique Versini, Adjointe à la Maire de Paris, chargée de la solidarité, des familles, de la

petite enfance, de la protection de l’enfance, de la lutte contre l’exclusion et des personnes âgées



23/02/2017
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