Grey PRIDE

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La république du bien vieillir

Pierre-Henri Tavoillot, philosophe, maître de conférences à la Sorbonne, président du Collège de Philosophie et membre du Conseil d’Analyse de la Société (organisme présidé par Luc Ferry et relevant Premier Ministre), livre ici en exclusivité pour les Maisons de Marianne ses convictions sur les conditions du "bien viellir". Il est l’auteur notamment de Philosophie des âges de la vie. Pourquoi grandir ? Pourquoi vieillir ? (Hachette, Pluriel, 2008) et de Le développement durable de la personne (La Documentation française, 2007, avec Eric Deschavanne). 

La nouvelle utopie de la « République du bien vieillir »

Nos sociétés occidentales « hypermodernes » sont réputées jeunistes et individualistes. D’un côté, elles déploient une hantise apparemment viscérale de la vieillesse ; de l’autre, elles semblent déconstruire tous les liens sociaux et familiaux qui tissaient jadis entre les personnes des rapports de proximité et d’assistance. Or, ce sont ces mêmes sociétés qui vont devoir relever le double défi du vieillissement de la population et de la solidarité intergénérationnelle qu’elle implique. Sont-elles dépourvues de toutes ressources pour y parvenir ? Nous sommes aujourd’hui dans une période décisive en laquelle les choix qui seront faits — ou non — révéleront le véritable visage de notre société. Sans doute, la politique d’accompagnement de la vieillesse est-elle un sujet on ne peut plus « consensuel » — personne ne peut sans provocation plaider contre —, mais il convient de voir sur quel type d’application débouche ce consensus au-delà des nobles déclarations d’intention. Et cette question n’a rien d’anodin dans la mesure où elle concerne, au plus profond, le sens de l’existence. Or, trop souvent, cette dimension existentielle de la politique de la vieillesse est évacuée, soit que l’on se focalise sur les problèmes — bien réels — de financement ; soit que l’on considère que le traitement matériel et médical de la vieillesse est suffisant. C’est oublier que la vieillesse n’est ni un risque ni une maladie ; elle est un élément « incontournable de la condition humaine ». Et à vouloir occulter la dimension existentielle — osons le mot : philosophique — de cette question, on risque fort d’échouer politiquement à orienter et hiérarchiser dans la pratique les voies du « bien vieillir ».

La querelle du vieillissement occidental

C’est là un risque d’autant plus grand que la notion de vieillissement fait aujourd’hui l’objet d’un débat qui voit s’affronter deux grilles d’interprétations. 1) Les dangers du vieillissement Le premier scénario est pessimiste. Il part de données démographiques incontestables. Ainsi l’âge moyen d’un habitant de l’Union européenne, qui était de 32 ans en 1960, pourrait atteindre 50 ans en 2050. En France, la population des plus de 60 ans est passée de 25,8% (en 1990) à 31,5% en 2010 et sera de 35,6% en 2020. Une telle évolution peut faire envisager que l’augmentation de l’espérance de vie (heureuse promesse) s’accompagne de lourds handicaps et d’une croissance exponentielle des situations de dépendance lourde. Ce qui aura un impact économique important, notamment sur la dette publique. Ainsi, selon le FMI, la hausse des dépenses liées au vieillissement serait de 3,5% du PIB à l’horizon 2050 ; l’impact net actualisé du vieillissement sur la dette représenterait en 2050, 276 % du PIB, soit 10 fois plus que l’impact de la crise financière (Source : Jacques Attali, Une ambition pour 10 ans, La Documentation française/XO, 2010, p. 50) Au-delà de ces effets démographiques et économiques, il y a aussi un effet « moral » que soulevait déjà le célèbre Rapport Laroque de 1962 sur la situation des personnes âgées : « Politiquement et psychologiquement, le vieillissement se traduit par le conservatisme, l’attachement aux habitudes, le défaut de mobilité et l’inadaptation à l’évolution du monde actuel » (p. 249). 2) Nuances et chances du scénario « vieillissement » Face à ce scénario catastrophe, deux argumentations différentes sont opposées. La première insiste sur le caractère très relatif et peu rigoureux de la notion de « vieillissement de la population ». Comment ne pas voir que, de nos jours, on est vieux plus tard et jeune plus longtemps ? C’est ainsi que le démographe Patrick Bourdelais (L’âge de la vieillesse, Odile Jacob, 1993) propose un autre critère plus évolutif pour définir la vieillesse. Il définit ce seuil comme la moyenne pondérée entre deux indicateurs : l’âge auquel il reste dix ans à vivre et l’âge pour lequel la probabilité de survivre 5 ans est identique à celle d’un homme de 65 ans en 1985. Il apparaît alors qu’entre 1825 et 1985, l’âge d’entrée dans la vieillesse a reculé de treize ans pour les femmes et de six ans pour les hommes. Avec ce nouvel indicateur, la part des « personnes âgées » dans la population totale n’est pas plus importante aujourd’hui qu’au début de XIXe siècle. Ajoutons que, parmi les scénarios envisagés, celui d’une augmentation de l’espérance de vie sans handicap ni dépendance est loin d’être irréaliste. Ce que semble confirmer d’ailleurs une durée de la dépendance qui tend à devenir moindre que jadis, même si le nombre de personnes concernées augmente. Mais la notion de vieillissement de la population est aussi contestable sur le plan « moral » et on aurait tort de l’identifier mécaniquement à l’image de l’amorce d’un « retrait frileux » et d’un triomphe du conservatisme. La vie intellectuelle, touristique, est tractée par les seniors, qui influencent certaines modes et font bouger les choses « comme des jeunes ». La vieillesse a considérablement changé de structure et de figure dans le contexte de la seconde modernité. Le second type d’argumentation prolonge cette dernière idée en identifiant l’augmentation de la population senior, non comme un frein, mais comme un moteur de la croissance (cf. Romain Geiss, Faire du vieillissement un moteur de la croissance, Note de l’Institut Montaigne, déc. 2007). Elle révèle par ailleurs des solidarités familiales qui, non seulement, n’ont pas cessé, mais semblent s’être amplifiées alors mêmes qu’elles paraissent pourtant moins « obligées et contraintes » que dans la famille traditionnelle.

Chacun de ces deux scénarios comporte bien sûr des éléments convaincants, mais leur confrontation serait vaine si on ne voyait que notre époque a moins été marquée par le vieillissement de la population que par l’apparition d’une pluralité de figures de la vieillesse.

 

La vieillesse plurielle

Jadis identifiée à un rôle, à un habit, à un ensemble d’attitudes codifiées (l’ancêtre, l’aïeul, le vieillard, la vieille …), la vieillesse s’est aujourd’hui considérablement diversifiée. L’augmentation de l’espérance de vie mais aussi l’individualisation des existences a entraîné une fragmentation considérable de la dernière phase de l’existence comme d’ailleurs de chacun des autres âges de la vie. A la triade traditionnelle — enfance, maturité, vieillesse — s’est substituée une multiplication et une complexification des étapes de l’existence : prime enfance, préadolescence, adolescence, jeunesse, senior, troisième âge, quatrième âge voire cinquième âge, … La vieillesse n’est pas épargnée par ce phénomène et l’on peut aujourd’hui distinguer en son sein trois étapes ou plutôt trois processus / problématiques différentes : • Il y a d’abord l’âge où l’on est « âgé sans être vieux » : il désigne l’âge de la retraite, mais aussi de la grand parentalité (52 ans en moyenne aujourd’hui). C’est une phase inédite, qui ne marque pas un terme, mais l’amorce d’une nouvelle trajectoire, active et dynamique. Une phrase la résume : « Depuis que je suis à la retraite : je n’ai jamais été aussi occupé ». Bon pied, bon œil, on est bon pour les voyages, la vie associative, la reprise d’études, l’engagement civique … cette période est vécue comme une nouvelle chance et une forme de rattrapage des projets bloqués par les exigences de l’activité professionnelle. Mais elle peut aussi être douloureusement et difficilement vécue lorsque la profession constituait un vecteur exclusif de l’identité personnelle. • Un second processus commence avec l’âge de la vieillesse : les Français, interrogés par sondage, le situent aux environs de 75 ans, mais ajoutent aussitôt que ce n’est pas une question d’âge. Cette phase démarre peu à peu au moment où les soucis de santé et le poids des ans limitent le dynamisme de la phase précédente. C’est aussi le moment où la solidarité familiale commence à s’inverser : d’aidant (financiers, quotidiens,…) les personnes âgées deviennent de plus en plus aidées, avec le sentiment d’une perte d’utilité et de sens. Le grand danger encouru dans cette phase est le « syndrome du glissement », c’est-à-dire la plus grande difficulté qu’éprouvent les individus, après un accident, une maladie, même bénigne, de « remonter la pente ». C’est aussi une période particulièrement touchée par la solitude : les enfants et les petits-enfants sont pris par leur vie quotidienne tandis que les relations amicales se font de plus en plus rares, … Bref, le monde tend à devenir plus étroit et borné. • L’âge de la dépendance : Cette période ne concerne pas toutes les personnes, mais le risque augmente bien sûr avec l’âge. Au cours de cette période, qui est un processus et non un état, le principal défi est de lutter contre la perte du lien. Sans même parler de l’éloignement inexorable causé par la maladie d’Alzheimer, les contraintes de la dépendance limitent les rapports interpersonnels et les appauvrissent. La personne âgée dépendante, prise dans la logique des soins médicaux de la dépendance, court le risque d’être de plus en plus coupée de son histoire et de son identité personnelle (identité narrative).

 

La nouvelle utopie des « républiques du bien vieillir »

Ces nouveaux visages de la vieillesse, qui séparent des logiques vécues jadis simultanément, entraînent un nouveau devoir de l’individu qui les pense : il est devenu aujourd’hui nécessaire, plus que jamais, de préparer sa vieillesse. D’abord, parce que chacun possède une grande probabilité de la vivre ; ensuite, parce qu’elle sera sans doute plus longue et traversera ces trois phases ; enfin, parce qu’elle devra s’intégrer dans un réseau complexe de solidarités qui ne fonctionneront pas de manière automatique. Ce nouveau devoir de l’individu s’accompagne d’un nouveau devoir de la société, celui d’accompagner la nouvelle vieillesse et d’articuler les différents niveaux de solidarité (familiale, locale, nationale, …). C’est dans ce contexte que sont apparus depuis quelques années des projets, dont la créativité semble relever des « utopies » politiques et philosophiques de jadis. Il s’agit d’inventer la « cité du bien vieillir » qui succéderait à la cité du « bien grandir », dont on peut considérer, malgré les problèmes de l’école, malgré l’éternel problème de « la jeunesse d’aujourd’hui », malgré les difficultés de l’insertion professionnelle, qu’elle a été une réussite à l’aune des derniers siècles. . Rêvons donc un peu. Quelles seraient les conditions nécessaires à une vieillesse épanouies dans le contexte de l’ « hypermodernité » ? Il me semble que l’on peut repérer dix conditions pour un habitat de ce type.

1) Lien (lutter contre l’isolement et le rétrécissement) La première condition est d’assurer du lien et l’on pourrait dire que le premier problème de la vieillesse n’est pas tant la vieillesse que la solitude, c’est-à-dire à la fois l’isolement (rupture des liens) et la désolation (sentiment d’abandon). Chateaubriand le notait dans ses Mémoires d’Outre-Tombe : « les vieillards d’autrefois étaient moins malheureux et moins isolés que ceux d’aujourd’hui ». « Si, en demeurant sur la terre, écrivait-il, ils avaient perdu leurs amis, peu de choses au reste avaient changé autour d’eux ; étrangers à la jeunesse, ils ne l’étaient pas à la société. Maintenant, un traînard dans le monde a non seulement vu mourir les hommes, mais il a vu mourir les idées : principes, mœurs, faits, plaisirs, peines, sentiments, rien ne ressemble à ce qu’il a connu. Il est d’une race différente de l’espèce humaine au milieu de laquelle il achève ses jours ». L’analyse est brillante, mais on pourrait contester la description quelque peu idyllique de la vieillesse traditionnelle. Les sociétés d’avant honoraient certes la vieillesse, mais laissaient mourir leurs vieux, et parfois même hâtaient leur fin dès lors qu’ils n’incarnaient plus l’ancestralité sacrée. La modernité, qui abhorre la sénescence, a pourtant inventé la notion de « personnes âgées » et elle déploie pour faire durer celles-ci des moyens inégalés dans toute l’histoire de l’humanité. Jadis on idolâtrait l’âge dans l’indifférence aux personnes ; aujourd’hui, on adore les personnes tout en cherchant à oublier l’âge. D’ailleurs, en toute honnêteté, qui, de nos jours, préférerait, si le choix s’offrait, vieillir dans une société traditionnelle ? Il n’en reste pas moins que Chateaubriand touche juste quand il évoque le défi de l’isolement. Le maintien du lien de la personne âgée se joue à trois niveaux : familial, amical et social. Il y a d’abord les proches qui sont souvent (mais pas toujours) « les rayons de soleil » : enfants, petits enfants ; il y a ensuite les liens amicaux et sociaux, aussi bien ceux de la sociabilité quotidienne que ceux qui relèvent des affinités électives. Un habitat du « bien vieillir » doit donc veiller à préserver ces liens, notamment en conservant la possibilité de l’accueil, voire du séjour des proches. Il faut transformer la « visite » des vieux en invitation à partager un moment convivial.

2) Identité (maintenir le fil de son histoire) Mais il y a encore un quatrième type de lien tout aussi important, c’est le lien à soi, c’est-à-dire à sa propre histoire. Cela relève, pour parler comme le philosophe Ricœur de l’« identité narrative ». Une formule la définit : « je suis ce que je me raconte ». Et c’est sur ce point que le transfert en « maison de retraite » est souvent vécu de la manière la plus douloureuse. Cet ultime déménagement introduit une rupture profonde — une blessure — dans l’identité narrative au moment où elle est la plus fragile ; elle a, à partir de là, beaucoup de mal à se construire et à se reconstruire. La préservation de son histoire est aussi la condition qui permet à l’estime de soi et au souci de soi de se maintenir. Un habitat du « bien vieillir » doit permettre de maintenir une continuité dans l’« identité narrative » (en favorisant, voilà une idée parmi d’autres, l’écriture de ses Mémoires ou Souvenirs).

3) Santé (assurer la sécurité médicale sans obsession médicale) Une des préoccupations majeures de la vieillesse est bien sûr la santé. C’est elle qui alimente les conversations, mais aussi les principales craintes de « ne plus pouvoir faire face ». En même temps, ce souci sanitaire tend à devenir envahissant et il contribue à un rétrécissement de l’horizon et des relations. S’il peut y avoir une dépendance pathologique, il y a aussi une dépendance au médical. Et il faut une grande énergie pour se préserver de l’une comme de l’autre. Un habitat du « bien vieillir » doit donc fournir une garantie d’accès aux soins sans pour autant se transformer en établissement médical. Le défi est de pouvoir assurer le suivi médical des personnes âgées tout au long des différentes étapes de la vieillesse dans un environnement plus ouvert et plus dynamique que celui des maisons de retraite, ou a fortiori des hôpitaux.

4) Utilité (à quoi sert la vieillesse ?) Le sentiment d’inutilité pèse lourdement sur l’âge mûr, d’autant plus sans doute que le travail est devenu le support essentiel de l’identité personnelle. La fonction d’aïeul ou d’ancêtre, valorisée dans les sociétés traditionnelles, ne fournit plus un statut suffisant. Le philosophe Kant se demandait un jour (Conflit des facultés), d’où vient le « devoir d’honorer la vieillesse ». Ce respect, disait-il, ne saurait provenir de la faiblesse du vieillard, car la faiblesse n’est pas un mérite. Il ne peut pas davantage être inspiré par la sagesse, puisqu’il arrive que la vieillesse en soit tout à fait dépourvue. Non, à la source de cet honneur, il y a plutôt, dit Kant, la reconnaissance de la performance d’avoir duré. Même si une existence n’a rien d’exceptionnel, le simple fait de la prolonger apparaît comme un exploit face à la « sentence la plus humiliante qui puisse être rendue sur un être raisonnable : tu es poussière et tu dois redevenir poussière ». On pourrait objecter que cette performance s’est beaucoup affaiblie dans le monde contemporain. Vieillir n’y est plus une exception : [rien de plus normal ; rien de plus fréquent]. La part principale du mérite en revient moins à l’individu qu’aux progrès de la médecine qui nous apporte non seulement l’espérance de vie, mais surtout, désormais, « l’espérance de vie sans handicap ». Et pourtant, comment ne pas voir que dans le monde de la performance, du « toujours plus » et de l’innovation frénétique, vieillir est peut-être la performance par excellence ? Durer dans un monde qui change, accepter la déchéance physique [dans un univers jeuniste], supporter les épreuves non négociables que sont la maladie et la solitude [à l’âge de la négociation permanente], attendre la fin [quand l’infini semble promis] : ce n’est pas rien … Et si, en plus, cela se fait avec un esprit ouvert, attentif et curieux : alors chapeau ! Bref, pourvu qu’on y soit attentif, la vieillesse a une fonction décisive dans nos sociétés hypermodernes : celle de nous rappeler que la vie ne se réduit pas à la compétition, à la vitesse et à la performance, mais qu’il lui faut aussi tout au long de la vie de la confiance, de la patience et de l’expérience. Un habitat du « bien vieillir » doit rappeler cette utilité de la vieillesse dans nos sociétés. Il doit du même coup alimenter le développement durable de la personne en offrant la possibilité d’un engagement associatif adapté à chaque étape de la vie et la perspective d’un contact régulier avec les générations plus jeunes.

5) Quotidien (inventer la sagesse du quotidien) Le confort du quotidien est une autre exigence du bien vieillir, et pas seulement pour le confort, justement. Certes l’accessibilité des commerces et la disponibilité des services à la personne sont importantes en eux-mêmes. Mais ils concernent aussi la manière dont, après une vie bien remplie, on peut remplir sa journée. Les relations de voisinage, les courses, le soin, l’entretien de soi, tout cela contribue à construire un emploi du temps dense, qui est la meilleure arme contre l’ennui et le syndrome du glissement. Un habitat du « bien vieillir » doit fournir un cadre confortable et convivial aux moments de la vie quotidienne.

6) Economie (favoriser l’ouverture aux autres) L’argent permet bien sûr d’accéder au logement et aux services qui l’accompagnent, mais il n’offre pas la garantie du « bien vieillir ». Les principaux enjeux sont les suivants : comment faire jouer les mécanismes de solidarité financière afin d’ouvrir aussi largement que possible l’accès à l’habitat du « bien vieillir » ? Comment assurer la bonne cohabitation d’individus de niveaux socioculturels différents ? Un habitat du « bien vieillir » doit être ouvert et divers d’un point de vue à la fois social, culturel et générationnel.

7) Loisirs - 8) Culture - 9) Nature (élargir ses horizons) On peut regrouper ces trois conditions, qui désignent les moyens non seulement d’agrémenter, mais aussi et surtout d’étayer le dernier âge de la vie. Les activités de distraction (sports, jeux, voyages), de culture (lecture, théâtre, cinéma, musique) et de nature (jardinage, ballades, …) participent toutes les trois d’une exigence fondamentale du bien vieillir : l’élargissement de soi face aux fortes pressions qui poussent vers le rétrécissement. Ce pourquoi ces conditions ne relèvent pas seulement du plaisir consumériste, mais aussi d’une forme de discipline personnelle. Le devoir de l’enfant est de grandir ; le devoir de l’adulte est de s’élargir … tout au long de la vie. Un habitat du « bien vieillir » doit offrir les possibilités de lutter contre le rétrécissement existentiel.

10) La mort (repenser le « bien mourir ») Mourir chez soi : Ce n’est pas forcément la plus gaie des conditions, mais c’est peut-être la plus profonde ; et l’on aurait tort de la négliger. Elle fournit une sorte de ligne d’horizon d’une politique habitat de la vieillesse. Aujourd’hui que plus de 70% des décès ont lieu à l’hôpital, loin des proches et loin du cœur, dans un faible état de conscience, il n’y a souvent plus personne pour recueillir le dernier souffle et le dernier mot. Certes, comme dit Pascal, « on meurt toujours seul », mais est-ce une raison pour mourir isolé comme aujourd’hui, dans le silence effrayant des espaces médicalisés ? Dans ce contexte, l’aspiration à une mort entourée des siens, n’a semble-t-il jamais été aussi puissante, même si elle s’accompagne d’une image idyllique — et sans doute erronée — de la mort traditionnelle et communautaire. Cette aspiration indique une dernière mission à l’habitat du « bien vieillir », qu’il soit capable d’accueillir le « bien mourir ».

Maintenir le lien, garantir l’identité, assurer la sécurité médicale, préserver l’utilité sociale, faciliter le quotidien, autoriser la diversité socio-économique, offrir la possibilité d’élargir ses horizons grâce aux loisirs, à la culture, au contact avec la nature, et espérer, in fine, une « mort chez soi » : tels seraient, sous réserve d’un inventaire plus complet, les dix conditions d’une « république du bien vieillir ». Bien sûr, chacune de ces conditions peut désigner davantage un horizon à viser qu’un objectif à atteindre, mais en les énonçant on perçoit aussi tout ce qu’une telle « utopie » peut avoir de réaliste.

 

Lien vers la maison de marianne



18/10/2015
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