Grey PRIDE

Grey PRIDE

Bien vieillir, a-t-on le choix?

Nous vivons sous le dictat du bien vieillir, mais cette injonction qui interroge  les capacités de chacun à organiser son existence à venir, à penser les périodes de solitude, d’inactivité, d’abandon social bute sur les injustices de la vie, nous ne sommes pas tous égaux pour lutter contre les inconvénients de vieillir. Vieillir lgbt est marqué de particularités, atténuer une partie de ces difficultés incombe à notre communauté, nous nous permettons donc d’intervenir au sein des associations lgbt pour alerter des spécificités du vieillir LGBT, dénoncer un clivage anti-âge délétère aux aînés et  interpeller notre communauté sur l’urgence de penser le vieillissement, de ne pas considérer cette période de la vie comme un trou noir. Toute communauté construit son éthique, ses codes de vie. La communauté lgbt ne peut s’abstenir de réfléchir à cette problématique et d’agir pour construire les lieux d’échanges  du « bien vieillir »,en faire l’impasse risque de la renvoyer à l’image d’une communauté de surface, de plaisir et de consommation. Notre expérience récente dans la lutte contre le sida et pour la loi du mariage pour tous nous a montré notre capacité à être cohérents, aussi cette nouvelle lutte nous semble-t-elle un enjeu formidable pour qu’une transmission inter-âges se construise pour que notre capacité d’inventivité soit en alerte. Nous vieillissons de plus en plus nombreux, et le refus du vieillissement est de plus en plus criant. Face à ce paradoxe n’est-il pas nécessaire de se pencher ensemble sur ce phénomène?                                                                                                                        

Plutôt que de considérer cette période comme un naufrage, d’assister tristement aux pertes successives de notre efficience physique et intellectuelle, subir la disparition progressive de nos relations sociales et de nos relations de plaisir, nous pouvons construire un bien vieillir; évidemment il demande de dépasser l’angle médical (comment retarder et lutter contre la vieillesse) et l’angle utilitariste (problèmes sociaux et économiques). Vieillir a-t-il un sens autre que biologique? Vieillir c’est aussi recevoir la vie comme un don et savoir l’habiter à tous les âges. Les liens avec la communauté qui était le creuset de notre vie sociale et l’étayage de notre vie affective : réseau d’amis, de militants, de rencontres amoureuses et sexuelles, disparaissent considérablement après 50 ans. Il existe peu d’associations organisées vers cette tranche d’âge et par ces membres. Pire, après 70 ans c’est le désert. Il nous semble indispensable de réfléchir aux possibilités de générer des actions qui permettront de lutter contre l’isolement, le primat du jeunisme, l’absence d’intergénérationnalité. Nous avons été bousculés par l’épidémie de sida pendant 20 ans et nos critères concernant le vieillissement ont été violemment remis en cause; souvenons-nous d’amis de 30 ans aux silhouettes voûtées et marchant à petit pas vers la mort. Le philosophe A. JOLLIEN dit « Moi qui suis handicapé, si je regarde le corps des autres je suis mort. Si je regarde à l’intérieur de moi je suis sauvé ». Vieillir condamne à la sagesse, au recul mais également au libre arbitre jusqu’au bout.

 

Richard Boitel

 

« Grand âge nous voici. Rendez-vous pris et de longtemps, avec cette heure de grand sens » Saint-John Perse

 

« Puissé-je devenir vieux en apprenant toujours ? » Solon 7è av. JC

 



16/09/2015
1 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 342 autres membres