Grey PRIDE

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Tribune libre


Audition de GreyPRIDE aux état généraux de la bio-éthique

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Mesdames, Messieurs,

 

Je vous remercie tout d'abord de me permettre de témoigner devant vous de mes expériences concernant la fin de vie.

 

Je souhaite tout d'abord vous faire part de la fin de vie d'une amie très proche, militante comme moi de la lutte contre le SIDA.

 

Combattre est sans doute le verbe qui définit le mieux sa vie.

 

Déportée avec ses parents et son frère, alors qu'elle était jeune fille, Hanna connut la souffrance et l'humiliation : humiliation du corps et de l'esprit. Mais sa volonté, son énergie, sa rage de survivre lui permirent de ressortir de ces camps de la mort. Fait encore plus rarissime, c'est toute sa famille, bien que malade et affaiblit qui rentra sur Paris.

 

Toute sa vie de femme fut marquée par ces moments tragiques de sa déportation.

 

Libre et engagée, aussi bien dans ses amours que dans les causes qu'elle défendait, elle avait l'énergie de ceux et celles qui ne se laissent pas dévier de leurs objectifs.

 

Dans les années 80, la mort de son fils de cœur, la plongea dans la lutte contre le SIDA. Ainsi année, après année son engagement fût total.

 

Vers ses 70 ans, un premier cancer du sein, et une rechute quelques années plus tard l'amenèrent à organiser sa fin de vie.

 

Plus d'espoir de traitement, il fallait donc avoir une sortie digne, loin de tout ce qui pouvait rappeler les humiliations qu'elle avait subies dans sa jeunesse.

 

Pour cela elle chercha comment pouvoir mettre fin à sa vie, sans attendre de subir les stigmates d'une fin qui n'en finit pas.

Elle se rapprocha de l'association, le droit à mourir dans la dignité, rencontra son médecin à qui elle confia ses volontés, elle fit les démarches auprès d'une association Suisse qui permettait aux personnes qui le souhaitaient de bénéficier d'un suicide assisté, et écrivit même ses dernières volontés ; ainsi elle se sentait rassurée.

 

Se sentant affaiblie, elle organisa les repas d'adieux avec ses amis proches, sans évoquer le fait que ce serait sans doute la dernière occasion de se voir.

 

Le voyage en Suisse était prévu ; mais quel jour décider de partir ? Plus on tarde, plus le voyage semble difficile à faire... Elle reporta sa décision, jusqu'au jour où elle se dit que ce serait sans doute plus facile d'en finir ici, chez elle, près de son chat, entourée des photos, des souvenirs de toute sa vie. 

C'est ce qu'elle fit. Un soir, avant d'aller se coucher, elle prit 3 boîtes de cachets, donna une dernière caresse au chat et s'endormit pour ne plus se réveiller.

 

Tout aurait pu finir ainsi, dans le respect et la dignité de la mort qu'elle avait choisie.

 

Hélas, le sort en décida autrement.

 

Le lendemain matin, l'amie, la confidente décida de passer la voir pour s'assurer qu'elle n'avait besoin de rien. Malgré son insistance, personne ne vint ouvrir la porte, elle se décida donc à utiliser la clé que lui avait confié son amie.

 

Elle trouva Hanna inconsciente dans son lit. Encore en vie, sa faible respiration en témoignait.

Lorsqu'on aime quelqu'un, si on le sent en danger, la première réaction est de vouloir le sauver ! C'est ce qu'elle fit en appelant le 17. 

 

Réanimée, hospitalisée, son corps et son esprit meurtris, elle fut ramenée malgré elle à la vie.

Dés cet instant, affaiblie dans son corps par sa maladie et par sa tentative de suicide, elle ne pouvait utiliser que sa parole pour exprimer ses souhaits et demander à d'autres de l'aider à mourir. C'est ce qu'elle fit, à l'hôpital, auprès du cancérologue qui lui assura que le moment venu on l'enverrait dans un service de soin palliatif.

 

Quelques jours plus tard, ce fut le cas.

 

Jour après jour elle fit part de sa demande de mourir. Lorsqu'elle fut trop faible pour parler, elle demanda un stylo pour écrire, et redire sans fléchir qu'elle voulait en finir dignement sans que la mort l'humilie, la souille comme les camps l'avaient fait dans sa jeunesse. 

Rien n'y fit. Elle dut attendre que son corps se rende, que le dernier fluide de vie s'évapore. Cela dura des semaines...

 

Cela se passait il y a 6 ans, mais je ne pense pas que la loi Léonetti dans sa version actuelle aurait mieux respecté la volonté d'Hanna de mourir sans subir cette agonie qui lui a enlevé la dignité qu'elle souhaitait conserver à tout prix.

 

Mais revenons à la population des seniors LGBT.

 

La fin de vie, j'y ai été confronté tout d'abord entre 1985 et 1995, à une époque ou beaucoup de personnes touchées par le VIH décédaient dans des conditions très difficiles.

 

A cette époque, l'incapacité des médecins à apporter des soins curatifs a provoqué un choc devant l'ampleur du nombre de personnes jeunes, soudainement confrontées à leur fin de vie.

Ce choc a sans doute contribué à donner une plus grande place à l'écoute des patients et a cassé la toute puissance du milieu médical face à cette nouvelle pathologie.

 

Ainsi, comme en témoigne le film "120 battements par minute" des solutions ont du être trouvées pour aider à mourir des hommes, des femmes pour lesquels il n'y avait plus d'espoir.

 

Les soins palliatifs n'étaient pas très répandus, et les multi-pathologies qui touchaient des malades en grande souffrance nous ont obligé à trouver des solutions pour aider activement les personnes à mourir.

Soit avec l'aide du corps médical, soit avec l'aide de proches qui trouvaient des moyens pour arrêter une agonie sans fin (cécité, troubles mentaux, dérèglements généralisés de tous les organes...).

 

A cette époque, l'euthanasie active était pratiquée, par humanité.

 

Mais heureusement, il y eut des survivants.

 

Mon ami, touché par le SIDA, a été hospitalisé en 95 pour une pneumocystose. Une très forte allergie au Bactrim (antibiotique), a été à l'origine d'une dégradation rapide de son état général. Des hospitalisations successives, un affaiblissement continu, une perte de poids vertigineuse l'on conduit à penser à sa fin de vie. Il a demandé à un ami proche de l'aider activement à mourir. Le deal était simple : "Un jour quand je t'appellerai, est-ce que tu pourras venir à l'hôpital me faire une piqûre pour m'aider à mourir".  

Quelques semaines plus tard, un soir, ne pouvant plus marcher, il appelle cet ami pour lui dire : "c'est pour demain matin".

Cette nuit fut calme, apaisée, car il n'avait plus l'angoisse de savoir comment éviter cette souffrance physique et morale.

Le lendemain matin, il se sentit mieux. 

Est-ce cette nuit de calme ? Est-ce ce rayon de soleil qui rentrait dans la chambre ? Son envie de vivre repris soudainement le dessus. Il appela son ami et lui dit simplement : "ne viens pas... "

Peu de temps après, nous eûmes l'écho d'un traitement miraculeux aux Etats-Unis où les anti-protéases étaient prescrites. Je pris contact avec une pharmacie locale, et en accord avec son médecin traitant, j'importai ce médicament qui n'avait pas encore reçu l'autorisation de mise sur le marché en France. 

Ces 3 mois, pendant lesquels j'importai ce médicament des USA, furent décisifs. Peu à peu, cachet après cachet, son état général se rétablit et ainsi après une longue convalescence il revint à la vie. 

Aujourd'hui, il vit toujours.

Avec une certitude cependant, de revendiquer son choix à pouvoir mourir quand lui le décidera. Ce choix, de vivre ou mourir, cette liberté, lui a permis, aux moments les plus difficiles, de retrouver un apaisement et ainsi sans doute d'avoir l'énergie de dire : "je vais me battre et je ne suis pas prêt à mourir".

 

De nos jours, quelle est la situation des seniors LGBT ?

 

Un grand nombre d'entre eux choisit l'invisibilité comme stratégie de défense par rapport à la crainte d'être stigmatisés ou discriminés.

 

Cette invisibilité conduit inexorablement à un isolement plus marqué, à l'absence de toute expression des problèmes qui leur sont propres et à la perte d'une grande part de leur identité (impossibilité d'exprimer leur désir, impossibilité de raconter l'histoire de leur vie...).

Nous savons que le taux de suicide chez les personnes âgées est important et bien qu'aucune statistique puisse le confirmer, je pense que les seniors LGBT doivent  être dans la catégorie la plus touchée par le suicide. Au canada, une étude récente montre que les gays âgés mouraient plus par suicide que par le sida.

Une autre étude américaine sur la vision de leur vieillesse, réalisée auprès des personnes LGBT de plus de 55 ans, fait apparaître les points suivants : 

67% craignent d'être négligé-e-s

62% craignent d'être maltraité-e-s

60% craignent de subir des violences physique ou verbales 

50% pensent qu'ils cacheront leur orientation sexuelle

 

Au delà des craintes exprimées, nous avons quelques données objectives :

- les seniors LGBT ont pour la plupart d'entre eux vécus dans leur passé une stigmatisation de leur identité sexuelle, qui les conduit à anticiper le rejet et à s'en protéger

- 60 à 70% vivent seuls et n'ont pas de liens familiaux

- un grand nombre a vécu des périodes de dépression profonde

- les problèmes d'addiction sont beaucoup plus importants que dans la population générale

 

Ainsi, en vieillissant, la population LGBT est encore plus isolée que le reste de la population.  Une récente étude réalisée pour les Petits Frères des pauvres faisait le constat de "la mort sociale" d'un grand nombre de personnes âgées. Alors que penser de la situation des centaines de milliers de vieux et vieilles LGBT, sans conjoint-e, sans famille et se tenant à distance des activités de convivialité proposées aux seniors. 

 

Lorsqu'on sait que l'isolement est le principal facteur de risque  pour les personnes âgées, on comprend que leur qualité de vie ne peut être que dégradée et leur désir d'en finir ne peut être qu'accentué.

 

C'est pour cela que dans notre réflexion sur la fin de vie, nous portons une double parole :

- améliorer les conditions de vie et préserver l'identité des personnes âgées, condition nécessaire à leur qualité de fin de vie 

- mais aussi laisser le choix à chacun chacune de disposer de sa vie et de mourir comme il ou elle le souhaite. 

 

Ainsi nous préconisons :

- Un plan de formation des acteurs médico/sociaux pour permettre aux seniors LGBT de vivre dignement leur fin de vie dans des lieux bienveillants,

- Une formation des tuteurs et curateurs pour une plus grande proximité avec les personnes sous leur protection,

- Un engagement des pouvoirs publics pour sensibiliser tous les acteurs de la filière vieillesse au respect de l'identité de chacun et chacune, et donner le droit de pouvoir choisir avec qui l'on souhaite vieillir,

- La création de lieux affinitaires pour permettre, aux personnes les plus discriminées, d'avoir une fin de vie digne (maisons de retraite des diversités, comme ce qui existe déjà pour les lieux confessionnels ou professionnels),

- Le développement de petites structures de vie en centre ville sur le modèle des MARPA afin de maintenir les seniors dans leurs lieux de vie habituels et dans des structures à taille humaine,

- Une campagne sur le droit à la sexualité des personnes âgées quel que soit leur orientation sexuelle ou leur identité de genre,

- La légalisation des accompagnants sexuels/sensuels pour toute personne handicapée,

- le droit à vivreet à mourirdans la dignité sa fin de vie, dans le respect de l'identité et du choix de chacun et de chacune.

 

Merci,

 

Francis Carrier

Président de GreyPRIDE


03/05/2018
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Evolution des lois bio-éthiques

GreypRIDE interpelle les pouvoirs publics et fait des propositions pour faire évoluer les lois bio-éthiques concernant l'accueil des personnes LGBT et PVVIH dans la filière vieillesse.

Vous trouverez ci-joint le texte de notre proposition et nous vous invitons à partager et à voter pour cette proposition en vous rendant sur le site qui recense les évolutions souhaitées par la société civile.

https://etatsgenerauxdelabioethique.fr/projects/fin-de-vie/consultation/consultation-2/opinions/constats-et-enjeux-quelle-est-la-situation-actuelle/accueil-dans-la-filiere-vieillesse-des-minorites-lgbt-et-personnes-vivant-avec-le-vih

Proposition :

 

Accueil dans la filière vieillesse des minorités LGBT et personnes vivant avec le VIH

 

Les seniors LGBT sont aujourd'hui invisibles et craignent de subir des discriminations auprès des structures et services accompagnant les personnes âgées. Une étude récente américaine indique que 67% des personnes LGBT de plus de 50 ans pensent avoir un moins bon accès aux soins, 65% pensent qu'ils feront l'objet de violence et 50% pensent qu'il devront cacher leur orientation sexuelle. 
En France, une étude récente montre que plus de la moitié des personnes LGBT ne parlent pas de leur orientation sexuelle lors d'une visite chez un médecin. L'impossibilité de parler de son identité conduit à un plus grand isolement et à une grande précarité.
Les personnes vivant avec le VIH sont elles aussi dans la crainte de ne pas être bien accueillies dans ce secteur. Plus de 50 000 PVVIH ont aujourd'hui plus de 60 ans et à ce jour le personnel aidant et soignant n'a reçu aucune formation sur cette maladie. Nous risquons d'avoir les mêmes phénomènes de peur et de rejet que nous avons vécu dans les années 80 dans le secteur hospitalier.
GreyPRIDE (association pour le soutien aux seniors LGBT) essaie d'alerter les pouvoirs publics sur ce sujet et travaille sur l'élaboration d'un label "GreyPridE Bienvenue" qui permettra de donner un signal positif aux seniors devant choisir un service ou une structure.
Nous préconisons :
- Un plan de formation des acteurs médico/sociaux pour permettre aux seniors LGBT de vivre dignement leur fin de vie 
- Une formation des tuteurs et curateurs 
- Une communication auprès des seniors pour montrer que les pouvoirs publics sont sensibles à ce sujet
- La création de lieux affinitaires pour permettre aux personnes les plus discriminée de pouvoir avoir une fin de vie digne
- Le développement de petites structure de vie en centre ville sur le modèle des MARPA afin de maintenir les seniors dans leurs lieux de vie habituels 
- Une campagne sur le droit à la sexualité des personnes âgées quel que soit leur orientation sexuelle ou leur identité de genre
- La légalisation des accompagnants sexuels/sensuels pour toute personne handicapée
www.greypride.fr

05/04/2018
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Il parait que 100% des vieux ont été jeunes...

"Getting old is not for sissies !"

 

Cette phrase de Bette Davis que l'on pourrait retraduire "Devenir vieux n'est pas fait pour les mauviettes !" est pleine de sagesse .

En effet lorsqu'on est plus jeune on regarde les vieux et les vielles comme si c'était un espèce étrangère, un groupe à part, auquel nous n'appartiendrons jamais.

Et chacun de s'occuper de son jardin, d'organiser ses voyages, d'aller voir ses petits enfants, d'apprendre le macramé ou une nouvelle langue étrangère, de participer à une association contre l'illettrisme des filles mères, de faire de l'exercice... et surtout de rester jeune, jeune, jeune...

 

Peu d'entre nous réfléchissent à leur façon de vieillir, avec qui, ou, dans quel cadre, avec quel soutien... on verra bien !

 

Il suffit d'aller dans les maisons de retraite, EHPAD ou domicile pour voir que l'imprévoyance conduit toujours aux mêmes solutions : la solitude et/ou la perte totale de sa liberté et de son intégrité. Pourtant 100% de tous ces vieux et de ces vieilles ont été jeunes et ont acceptés de se retrouver dans la situation qu'il subissent.

 

Alors sans être dans une logique de "tout prévoir", il est important d'organiser un peu les choses surtout lorsqu'on fait partie d'une minorité dont l'histoire passera à la trappe dès l'arrivée de la perte d'autonomie.

 

GreyPRIDE n'a pas la prétention de régler les situations individuelles des 800 000 seniors LGBT de plus de 60 ans, mais de faire prendre conscience que discuter ensemble, retrouver un peu de solidarité, imaginer des projets ne peut qu'être bénéfique pour nous garantir un meilleur avenir. Le jour où nous aurons besoin de quelqu'un ne serait-il pas mieux d'avoir une personne qui nous connait, à qui nous n'avons rien à cacher de notre façon de vivre et d'aimer.

 

Vous pensez que j'ai raison, alors commencez localement à organiser des groupes GreyPRIDE, dans un café, une asso, chez quelqu'un.

Faire connaissance dans un premier temps, discuter, voir ce que l'on peut faire... organiser la venue de l'expo "Vieillir sans tabou", un débat...

C'est un début pour imaginer d'autres projets et ne pas rester dans le déni de sa propre vieillesse.


Les salons mensuels GreyPRIDE organisés à Paris dans les locaux de Basiliade ont maintenant un public régulier d'une vingtaine de personnes. 
Se rencontrer, se raconter et sortir du silence c'est la première démarche pour essayer d'imaginer des actions de solidarité, faire des projets et former un groupe GreyPRIDE local. 

 

Si vous n'avez pas le temps, pensez qu'un jour il sera trop tard pour se préoccuper de vous...

Alors ? Qui s'y colle ? 

Ah, au fait, bonne année !!! Bisessssss

 

Francis Carrier

 

PS: des projets de formation de groupe GreyPRIDE commencent à exister sur Marseille et Grenoble... Passez une annonce sur le groupe  Facebook/greypride ou envoyez-moi le texte d'une petite annonce que je diffuserai

 

Ne manquez pas les chroniques que je diffuse régulièrement sur le  Blog de Libération


06/01/2018
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Ma vieillesse et ma famille recomposée

 

Jusqu'au dernier jour, j'aimerais pouvoir être gay et séropo sans être obligé de me cacher, vivre dans un environnement bienveillant et humain, être avec des vieux/vieilles avec qui je peux partager mon histoire, être solidaire, rigoler, sans être jugé.

 

Blog GreyPRIDE de Libération

 

 

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Les vieux, ce sont toujours les autres ! La vieillesse est un moment de notre vie que l’on a du mal à imaginer : par déni, par crainte de notre fin de vie, par difficulté de s’identifier aux vieux que l’on côtoie ?

J’ai les mêmes difficultés que tout le monde pour me projeter dans ma propre vieillesse, pourtant quand je vais visiter des personnes âgées, hétéros ou homos, à leur domicile ou dans un EHPAD, je me pose toujours la question : «Est-ce que j’aurais envie de vieillir là ? Dans ces conditions ?»

Et la réponse est très rarement positive...

 

Je fais partie de la génération qui depuis 68 a combattu pour la dépénalisation de l’homosexualité et la fin de l’inscription comme maladie mentale à l’OMS. J’ai combattu pour que les personnes atteintes par le VIH ne soient pas rejetées ; combattu pour que la société puisse accepter des personnes séropositives et leur permette d’avoir un projet de vie, et aujourd’hui je continue de me battre dans le cadre d’une association de soutien aux personnes âgées en les aidant et en essayant de faire respecter leurs choix de vie. Ces combats, c’est mon ADN et je me prépare donc au dernier combat, celui qui concerne ma propre vieillesse.

 

Notre société associe à la vieillesse une succession d’amputations, de pertes... La perte du désir dans le regard de l’autre parce que notre corps vieillit, la perte de l’utilité sociale lorsque on quitte son travail, la perte de notre statut de majeur, on devient progressivement un mineur que l’on doit protéger, même contre lui-même, enfin la perte de notre humanité lorsqu’on devient un objet de soin...

Avons-nous donc si peu d’empathie pour nous-mêmes que nous rejetions progressivement les vieux à la marge de la société ? Ces vieilles, ces vieux que nous deviendrons tous et toutes un jour ou l’autre !

 

Pourtant, si nous ne nous approprions pas le rôle d’usager pour être acteur et actrice des décisions concernant la prise en compte de la vieillesse dans notre société, nous laissons aux autres la faculté de choisir pour nous : les politiques, les sachants, les financeurs.

Organiser le «Mieux vieillir», c’est participer aux décisions concernant les évolutions nécessaires, c’est suivre les innovations et veiller à ce qu’elles soient proposées au plus grand nombre, c’est évaluer les services et les établissements, c’est veiller à ce que tous les seniors puissent vivre dignement et conserver une bonne qualité de vie. Etre acteur c’est veiller que les intérêts financiers ne soient pas le facteur qui définisse l’organisation de l’accueil des personnes âgées (en 2017, 40% des nouvelles places proposées en EHPAD ont été faites par le secteur privé).

 

Aujourd’hui les inégalités chez les personnes âgées ont tendance à se creuser ; demain la Silver Economy, porteuse de projets innovants, risque d’être un facteur d’aggravation de ces inégalités. D’un côté les vieux vivant dans un cadre agréable, avec les objets connectés qui permettront de surveiller la moindre anomalie dans les constantes physiologiques, d’appeler automatiquement des secours, de préparer des repas équilibrés, d’accéder depuis chez soi à des loisirs... de l’autre des personnes vivant dans des appartements inadaptés, isolés du monde, ou bien placées dans des établissements avec du personnel mal formé, en sous-effectif avec des équipements minimalistes...

 

L’appartenance à une minorité, comme la population LGBT (Lesbienne, Gay, Bi, Trans) est aussi un facteur d’isolement encore plus marqué ; l’auto-exclusion étant sans doute la meilleure stratégie pour éviter tout risque de maltraitance ou de discrimination.

 

Notre responsabilité collective est de lutter contre ces inégalités, de veiller à accueillir toutes les personnes âgées, en prenant en compte leur identité culturelle, leur orientation sexuelle, leur identité de genre pour que la vieillesse ne soit pas un lieu d’exclusion ou de violence.

Je milite pour que la tendresse, la sensualité, la sexualité des personnes âgées puisse librement s’exprimer et ne soit pas vu comme une perversion ou des actes inappropriés et que le respect de l’intimité des personnes âgées soit la règle.

 

Pour que les appartements-autonomie, appartements partagés pour seniors, appartements d’accueil familiaux (...) soient des lieux «affinitaires», accueillant des personnes qui ont envie de vivre ensemble ; en général c’est la disponibilité d’une place qui décide de l’entrée dans un établissement et non pas le choix de la personne.

 

Pour que le maintien à domicile, formule plébiscitée, se fasse dans des conditions de coordination de tous les intervenants médicaux, sanitaires, sociaux (EHPAD hors les murs ou conciergerie des services au domicile) et dans l’écoute des souhaits des personnes prises en charge. Pour que l’EHPAD ne soit plus le dispositif central de la grande dépendance, mais un outil comme d’autres remplissant certaines fonctions.

 

Qu’une formation de tous les intervenants salariés et bénévoles soit réalisée pour faire comprendre que la sexualité, la tendresse est une composante de notre humanité, de notre histoire, quel que soit notre âge, pour que les spécificités des seniors LGBT soient prises en compte et que les personnes séropositives soient prises en charge sans discrimination.

 

Que le personnel de l’aide à domicile et les personnes travaillant dans les différents établissements voient une revalorisation de leur statut et de leur salaire et que ce secteur ne soit pas une impasse professionnelle.

 

Que l’accès aux prothèses auditives, optiques et dentaires ainsi que leur suivi dans le temps, soit généralisé pour permettre à chacun de conserver un maximum d’autonomie.

 

Enfin, que les soins soient proposés avec la juste insistance médicale dans l’écoute des souhaits de chacun, jusqu’au choix de sa fin de vie.

 

Tous les décideurs doivent comprendre que ce ne sont pas les règlements, les normes, les principes de précaution qui permettent de garantir la qualité de vie des personnes âgées : il faut les aimer et simplement les écouter. Les normes et réglementations médico/sociales sont un écueil pour créer des structures innovantes qui permettent la création de lieux d’accueil plus humains. L’habitat inclusif (ni en EHPAD, ni seul chez soi) est une piste qui promet de mieux prendre en compte la qualité de vie des personnes âgées si en même temps l’état réforme les financements du secteur de la vieillesse et crée une coordination des différents intervenants : protection des personnes (tutelle, curatelle), acteurs sanitaires, autonomie, social, santé).

 

Je souhaite vieillir sans crainte de raconter mon histoire, en disant qui je suis, dans un environnement bienveillant, avec d’autres personnes que je considérerai comme ma famille et je voudrais que mes choix soient entendus et respectés jusqu’au dernier jour de ma vie.

Pas vous ?

 

Francis Carrier


28/12/2017
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Accueillir un hôte gay, ou voyager chez un hôte gay friendly...

J'ai rencontré Benoît, de l'équipe direction de misterb&b (boîte française).

Cette appli propose des échanges sur le modèle de AIRBNB, mais avec la garantie que tous les acteurs sont "gay friendly".
La possibilité de louer une chambre à un hôte gay n'est pas seulement une proposition de voyage, c'est aussi un moyen de construire des liens et de se faire de nouveaux amis ; 50% des voyageurs sont seuls !

Nous avons évoqué des possibilités de collaboration avec GreyPRIDE pour lutter contre l'isolement et fournir un moyen d'échange, de rencontre et de rémunération d'appoint.

La solitude et l'habitat sont des sujets de base de GreyPRIDE.

Se rencontrer par ce biais, peut être le début d'une relation, d'une amitié et pourquoi pas déboucher sur d'autres possibilités de cohabitation.

GreyPRIDE propose déjà des solutions de cohabitation de seniors dans de grands appartements parisiens, 


Et vous qu'en pensez-vous ? Quels sont vos freins pour imaginer utiliser ce genre de service ? Pensez-vous que si un label "GreyPRIDE Bienvenue!" apparaissait chez les hôtes cela favoriserait votre choix ? D'autres idées pour faciliter ces échanges ?


22/11/2017
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