Grey PRIDE

Grey PRIDE

Tribune libre


Il parait que 100% des vieux ont été jeunes...

"Getting old is not for sissies !"

 

Cette phrase de Bette Davis que l'on pourrait retraduire "Devenir vieux n'est pas fait pour les mauviettes !" est pleine de sagesse .

En effet lorsqu'on est plus jeune on regarde les vieux et les vielles comme si c'était un espèce étrangère, un groupe à part, auquel nous n'appartiendrons jamais.

Et chacun de s'occuper de son jardin, d'organiser ses voyages, d'aller voir ses petits enfants, d'apprendre le macramé ou une nouvelle langue étrangère, de participer à une association contre l'illettrisme des filles mères, de faire de l'exercice... et surtout de rester jeune, jeune, jeune...

 

Peu d'entre nous réfléchissent à leur façon de vieillir, avec qui, ou, dans quel cadre, avec quel soutien... on verra bien !

 

Il suffit d'aller dans les maisons de retraite, EHPAD ou domicile pour voir que l'imprévoyance conduit toujours aux mêmes solutions : la solitude et/ou la perte totale de sa liberté et de son intégrité. Pourtant 100% de tous ces vieux et de ces vieilles ont été jeunes et ont acceptés de se retrouver dans la situation qu'il subissent.

 

Alors sans être dans une logique de "tout prévoir", il est important d'organiser un peu les choses surtout lorsqu'on fait partie d'une minorité dont l'histoire passera à la trappe dès l'arrivée de la perte d'autonomie.

 

GreyPRIDE n'a pas la prétention de régler les situations individuelles des 800 000 seniors LGBT de plus de 60 ans, mais de faire prendre conscience que discuter ensemble, retrouver un peu de solidarité, imaginer des projets ne peut qu'être bénéfique pour nous garantir un meilleur avenir. Le jour où nous aurons besoin de quelqu'un ne serait-il pas mieux d'avoir une personne qui nous connait, à qui nous n'avons rien à cacher de notre façon de vivre et d'aimer.

 

Vous pensez que j'ai raison, alors commencez localement à organiser des groupes GreyPRIDE, dans un café, une asso, chez quelqu'un.

Faire connaissance dans un premier temps, discuter, voir ce que l'on peut faire... organiser la venue de l'expo "Vieillir sans tabou", un débat...

C'est un début pour imaginer d'autres projets et ne pas rester dans le déni de sa propre vieillesse.


Les salons mensuels GreyPRIDE organisés à Paris dans les locaux de Basiliade ont maintenant un public régulier d'une vingtaine de personnes. 
Se rencontrer, se raconter et sortir du silence c'est la première démarche pour essayer d'imaginer des actions de solidarité, faire des projets et former un groupe GreyPRIDE local. 

 

Si vous n'avez pas le temps, pensez qu'un jour il sera trop tard pour se préoccuper de vous...

Alors ? Qui s'y colle ? 

Ah, au fait, bonne année !!! Bisessssss

 

Francis Carrier

 

PS: des projets de formation de groupe GreyPRIDE commencent à exister sur Marseille et Grenoble... Passez une annonce sur le groupe  Facebook/greypride ou envoyez-moi le texte d'une petite annonce que je diffuserai

 

Ne manquez pas les chroniques que je diffuse régulièrement sur le  Blog de Libération


06/01/2018
26 Poster un commentaire

Ma vieillesse et ma famille recomposée

 

Jusqu'au dernier jour, j'aimerais pouvoir être gay et séropo sans être obligé de me cacher, vivre dans un environnement bienveillant et humain, être avec des vieux/vieilles avec qui je peux partager mon histoire, être solidaire, rigoler, sans être jugé.

 

Blog GreyPRIDE de Libération

 

 

pics edito2.jpg

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Les vieux, ce sont toujours les autres ! La vieillesse est un moment de notre vie que l’on a du mal à imaginer : par déni, par crainte de notre fin de vie, par difficulté de s’identifier aux vieux que l’on côtoie ?

J’ai les mêmes difficultés que tout le monde pour me projeter dans ma propre vieillesse, pourtant quand je vais visiter des personnes âgées, hétéros ou homos, à leur domicile ou dans un EHPAD, je me pose toujours la question : «Est-ce que j’aurais envie de vieillir là ? Dans ces conditions ?»

Et la réponse est très rarement positive...

 

Je fais partie de la génération qui depuis 68 a combattu pour la dépénalisation de l’homosexualité et la fin de l’inscription comme maladie mentale à l’OMS. J’ai combattu pour que les personnes atteintes par le VIH ne soient pas rejetées ; combattu pour que la société puisse accepter des personnes séropositives et leur permette d’avoir un projet de vie, et aujourd’hui je continue de me battre dans le cadre d’une association de soutien aux personnes âgées en les aidant et en essayant de faire respecter leurs choix de vie. Ces combats, c’est mon ADN et je me prépare donc au dernier combat, celui qui concerne ma propre vieillesse.

 

Notre société associe à la vieillesse une succession d’amputations, de pertes... La perte du désir dans le regard de l’autre parce que notre corps vieillit, la perte de l’utilité sociale lorsque on quitte son travail, la perte de notre statut de majeur, on devient progressivement un mineur que l’on doit protéger, même contre lui-même, enfin la perte de notre humanité lorsqu’on devient un objet de soin...

Avons-nous donc si peu d’empathie pour nous-mêmes que nous rejetions progressivement les vieux à la marge de la société ? Ces vieilles, ces vieux que nous deviendrons tous et toutes un jour ou l’autre !

 

Pourtant, si nous ne nous approprions pas le rôle d’usager pour être acteur et actrice des décisions concernant la prise en compte de la vieillesse dans notre société, nous laissons aux autres la faculté de choisir pour nous : les politiques, les sachants, les financeurs.

Organiser le «Mieux vieillir», c’est participer aux décisions concernant les évolutions nécessaires, c’est suivre les innovations et veiller à ce qu’elles soient proposées au plus grand nombre, c’est évaluer les services et les établissements, c’est veiller à ce que tous les seniors puissent vivre dignement et conserver une bonne qualité de vie. Etre acteur c’est veiller que les intérêts financiers ne soient pas le facteur qui définisse l’organisation de l’accueil des personnes âgées (en 2017, 40% des nouvelles places proposées en EHPAD ont été faites par le secteur privé).

 

Aujourd’hui les inégalités chez les personnes âgées ont tendance à se creuser ; demain la Silver Economy, porteuse de projets innovants, risque d’être un facteur d’aggravation de ces inégalités. D’un côté les vieux vivant dans un cadre agréable, avec les objets connectés qui permettront de surveiller la moindre anomalie dans les constantes physiologiques, d’appeler automatiquement des secours, de préparer des repas équilibrés, d’accéder depuis chez soi à des loisirs... de l’autre des personnes vivant dans des appartements inadaptés, isolés du monde, ou bien placées dans des établissements avec du personnel mal formé, en sous-effectif avec des équipements minimalistes...

 

L’appartenance à une minorité, comme la population LGBT (Lesbienne, Gay, Bi, Trans) est aussi un facteur d’isolement encore plus marqué ; l’auto-exclusion étant sans doute la meilleure stratégie pour éviter tout risque de maltraitance ou de discrimination.

 

Notre responsabilité collective est de lutter contre ces inégalités, de veiller à accueillir toutes les personnes âgées, en prenant en compte leur identité culturelle, leur orientation sexuelle, leur identité de genre pour que la vieillesse ne soit pas un lieu d’exclusion ou de violence.

Je milite pour que la tendresse, la sensualité, la sexualité des personnes âgées puisse librement s’exprimer et ne soit pas vu comme une perversion ou des actes inappropriés et que le respect de l’intimité des personnes âgées soit la règle.

 

Pour que les appartements-autonomie, appartements partagés pour seniors, appartements d’accueil familiaux (...) soient des lieux «affinitaires», accueillant des personnes qui ont envie de vivre ensemble ; en général c’est la disponibilité d’une place qui décide de l’entrée dans un établissement et non pas le choix de la personne.

 

Pour que le maintien à domicile, formule plébiscitée, se fasse dans des conditions de coordination de tous les intervenants médicaux, sanitaires, sociaux (EHPAD hors les murs ou conciergerie des services au domicile) et dans l’écoute des souhaits des personnes prises en charge. Pour que l’EHPAD ne soit plus le dispositif central de la grande dépendance, mais un outil comme d’autres remplissant certaines fonctions.

 

Qu’une formation de tous les intervenants salariés et bénévoles soit réalisée pour faire comprendre que la sexualité, la tendresse est une composante de notre humanité, de notre histoire, quel que soit notre âge, pour que les spécificités des seniors LGBT soient prises en compte et que les personnes séropositives soient prises en charge sans discrimination.

 

Que le personnel de l’aide à domicile et les personnes travaillant dans les différents établissements voient une revalorisation de leur statut et de leur salaire et que ce secteur ne soit pas une impasse professionnelle.

 

Que l’accès aux prothèses auditives, optiques et dentaires ainsi que leur suivi dans le temps, soit généralisé pour permettre à chacun de conserver un maximum d’autonomie.

 

Enfin, que les soins soient proposés avec la juste insistance médicale dans l’écoute des souhaits de chacun, jusqu’au choix de sa fin de vie.

 

Tous les décideurs doivent comprendre que ce ne sont pas les règlements, les normes, les principes de précaution qui permettent de garantir la qualité de vie des personnes âgées : il faut les aimer et simplement les écouter. Les normes et réglementations médico/sociales sont un écueil pour créer des structures innovantes qui permettent la création de lieux d’accueil plus humains. L’habitat inclusif (ni en EHPAD, ni seul chez soi) est une piste qui promet de mieux prendre en compte la qualité de vie des personnes âgées si en même temps l’état réforme les financements du secteur de la vieillesse et crée une coordination des différents intervenants : protection des personnes (tutelle, curatelle), acteurs sanitaires, autonomie, social, santé).

 

Je souhaite vieillir sans crainte de raconter mon histoire, en disant qui je suis, dans un environnement bienveillant, avec d’autres personnes que je considérerai comme ma famille et je voudrais que mes choix soient entendus et respectés jusqu’au dernier jour de ma vie.

Pas vous ?

 

Francis Carrier


28/12/2017
5 Poster un commentaire

Accueillir un hôte gay, ou voyager chez un hôte gay friendly...

J'ai rencontré Benoît, de l'équipe direction de misterb&b (boîte française).

Cette appli propose des échanges sur le modèle de AIRBNB, mais avec la garantie que tous les acteurs sont "gay friendly".
La possibilité de louer une chambre à un hôte gay n'est pas seulement une proposition de voyage, c'est aussi un moyen de construire des liens et de se faire de nouveaux amis ; 50% des voyageurs sont seuls !

Nous avons évoqué des possibilités de collaboration avec GreyPRIDE pour lutter contre l'isolement et fournir un moyen d'échange, de rencontre et de rémunération d'appoint.

La solitude et l'habitat sont des sujets de base de GreyPRIDE.

Se rencontrer par ce biais, peut être le début d'une relation, d'une amitié et pourquoi pas déboucher sur d'autres possibilités de cohabitation.

GreyPRIDE propose déjà des solutions de cohabitation de seniors dans de grands appartements parisiens, 


Et vous qu'en pensez-vous ? Quels sont vos freins pour imaginer utiliser ce genre de service ? Pensez-vous que si un label "GreyPRIDE Bienvenue!" apparaissait chez les hôtes cela favoriserait votre choix ? D'autres idées pour faciliter ces échanges ?


22/11/2017
7 Poster un commentaire

Les seniors LGBT français sont-ils muets ?

Je suis surpris de voir le peu de témoignages que la page Facebook de GreyPRIDE ou ce blog recueille.
A l'étranger on trouve pléthore de vidéos, de films, de témoignages de vieux gays, de vieilles lesbiennes sur leur vie, leurs désirs, leurs craintes, leurs difficultés, leurs espoirs... Ici, c'est un grand silence.
Il y a en France sans doute plus de 800 000 personnes LGBT de plus de 60 ans ; lorsque Canal+ m'a contacté il y a 2 ans pour une photo d'un couple gay âgé en situation de tendresse, j'ai cherché autour de moi des volontaires mais personne n'a voulu faire cette photo. J'ai du proposer que ce soit mon mari et moi qui la fassions. J'en ai déduit la difficulté qu'un couple gay pouvait éprouver à exposer son corps vieillissant.
C'est pour cela que j'ai pensé que GreyPRIDE devait travailler avant tout sur cette image dévalorisée que la plupart d'entre nous ont d'eux-même. C'est vrai que nous ne sommes pas submergés par des images positives de vieux couples gays ou lesbiens !
Mais la parole ? Pourquoi si peu de témoignages ?
Soit tout va bien, et tous les seniors LGBT sont heureux et coulent une retraite douce et pleine d'amour. Le bonheur est muet, et c'est très bien !
Soit l'acceptation et la résignation de leurs conditions de vie font que la plupart d'entre nous pensent qu'il n'y a rien à faire, que c'est comme ça , que c'est notre destin...
Soit la souffrance est trop grande pour pouvoir la formuler, et tout témoignage ne viendrait qu'attiser cette souffrance.
Soit les gays et les lesbiennes ont trouvé l'élixir de l'éternelle jeunesse et ne se sentent pas du tout concerné-e-s par le sujet.
Il y a un millier de personnes qui se sont abonnées à cette page, mais seulement 80 personnes ont fait la démarche pour devenir membres de l'association et encore moins prennent une part active à la vie des commissions de travail.
Pensez-vous que les choses vont changer si nous ne prenons pas chacun et chacune de nous notre part en charge ?
Pensez-vous que par la magie du Saint-esprit les choses vont se régler toute seule ?
Pensez-vous que vous ne serez jamais confrontée aux problèmes que rencontrent les vieux/vielles dans notre société et tout particulièrement les LGBT ?
 
Exprimez-vous, parlez, racontez ce que vous vivez : vos craintes, vos bonheurs, et dites-vous que la vraie jeunesse c'est de croire encore que l'on peut changer le monde.
Francis Carrier

12/11/2017
45 Poster un commentaire

On ne vit pas de "like" !

On ne vit pas de "like" !
GreyPRIDE est maintenant un peu connu, plus de 600 personnes suivent les posts dans le groupe Facebook, le blog a réussi plus de 11000 visite depuis sa création et des partenaires institutionnels et privés ont une écoute bienveillante sur les difficultés rencontrées par les seniors LGBT.
Mais...
On est loin de pouvoir mettre en place des actions qui nécessitent plus de moyens. Nous avons besoin de bénévoles qui soient prêt à assumer la gestion des différentes commissions, nous avons besoin d'un local pour accueillir les groupes et d'un salarié pour coordonner l'ensemble de nos actions. Jusqu'à présent tout ce que nous avons fait a reposé sur l'investissement d'un petit noyau de militants qui ont donné de leur temps et de leur argent.
Dans beaucoup de pays, ce sont des programmes gouvernementaux ou de très grosses associations qui ont développé des actions auprès de cette population.
Est-ce que l'investissement militant s'est essoufflé en France ? 
Si la situation que je vous décris vous inquiète, vous révolte, alors, "Liker" ne suffit pas. Il faut s'engager.
Venez rejoindre l'équipe de GreyPRIDE, aidez-nous dans la collection de fonds, pour trouver un local, présentez nos actions auprès de vous et auprès de décideurs... 
Ne pas se préoccuper de la situation des seniors LGBT aujourd'hui, c'est accepter d'être maltraité-e soi-même demain.
contact@greypride.fr

 

Francis Carrier

Président de GreyPRIDE


12/10/2017
0 Poster un commentaire