Grey PRIDE

Grey PRIDE

Discours d'ouverture du colloque GreyPRIDE

Discours d'ouverture du colloque GreyPRIDE 2018

19/06/2018

 

 

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Mesdames, messieurs, chers amis,

 

 

Vieillir dans notre société devient quelque chose d'in-dicible, d'in-montrable réduit la plupart du temps a des aspects techniques et financiers.

Combien d'EHPAD ? Quel cout pour l'autonomie ? Combien de salariés ? 

Mais rien sur le regard que porte notre société sur la vieillesse et sur la place des vieux et des vieilles dans le tissu social.

 

Nous sommes enfermés dans la promesse de rester jeune éternellement, et quand on ne l'est plus et bien on est, encore jeune, ou toujours jeune... mais jamais on ne nous parle de notre vie, de nos désirs, de nos craintes... en tant que personne vieillissante.

 

Nous avons largement évacué toutes les représentations et signes associés à la mort, à part pour sacraliser la disparition de vedettes, moment de catharsis qui permet d'évacuer l'angoisse, le traumatisme de notre propre finitude.

 

Et maintenant c'est la vieillesse que l'on fait disparaître progressivement du champs sociétal et médiatique : regroupement des gens en fin de vie dans des lieux fermés, à l'écart, dans lesquels on ne rentre pas... de temps en temps un scandale de maltraitance, des grèves et quelques reportages... un mouvement d'empathie populaire, mais on tourne vite la page... c'est trop angoissant, c'est comme ça, il n'y a rien à faire... la fatalité quoi !

Le sujet est sans doute trop violent pour que l'on s'en saisisse sereinement et que l'on se pose la question de savoir : comment notre société souhaite s'occuper de ses vieux et de la fin de vie ?

 

La façon que nous avons de percevoir les vieux est pourtant significative :

- être vieux ce n'est pas une identité ! 

pourtant c'est ce que nous faisons en considérant que la vieillesse vient supplanter toutes les autres caractéristiques d'un individu : plus de rôle social, familial, d'histoire, d'orientation sexuelle... simplement, un vieux, une vieille

 

- être vieux ce n'est pas un délit ! 

pourtant les résidences dans lesquels nous regroupons nos vieux se rapprochent plus d'un modèle carcéral que d'un chez soi douillet et confortable : lieux impersonnels, clos, souvent à l'écart, contraints par les normes d'hygiène et de  collectivité, dans lesquels on perd toute responsabilité, toute liberté... 

sans parler du délit de sale gueule que nous renvoie toutes les images photoshopées de corps jeunes et irréels utilisées dans tous les médias

Même Jane Fonda, superbe du haut de ses 80 ans, qui nous explique que les rides en gros plan, ce n'est pas esthétique sur grand écran...

 

- être vieux ce n'est pas une maladie ! 

pourtant on préfère désigner les vieux par leurs pathologies à l'origine de la perte d'autonomie : un alzheimer, un cancer, un sida... Une façon de déshumaniser le vieux en fin de vie pour dire qu'il ne fait plus partie de notre groupe et que nous ne nous reconnaissons plus en lui ou en elle.

 

Pourquoi ne pas simplement admettre que dans notre vie, il y a 2 moments de fragilité un de construction, un de déconstruction qui nécessite la protection et la bienveillance des autres : le début de notre vie et la fin de notre vie. 

 

Si à VIEUX, on vient coller le mot SEXE, alors on glisse vers l'obscène, la perversion...

Pourtant vieillir c'est ce que nous faisons depuis que nous sommes nés ; 

et la sexualité ou plutôt le plaisir que nous procure nos organes génitaux est quelques chose que l'on découvre dans les premières mois de notre vie, alors pourquoi cela devrait-il s'arrêter un jour ?

 

Le vieux est réputé ne pas avoir de sexualité. 

On s'arrête quand ? Après la ménopause ? L'andropause ?

Non, on ne s'arrête jamais ! Et même si l'on n'a plus de partenaires sexuels, nous avons encore la masturbation et tous les souvenirs de nos rencontres amoureuses, de nos baises sauvages et toutes les représentations érotiques de nos désirs qui continuent d'alimenter nos pulsions sexuelles.

Le cerveau n'est-il pas le premier organe sexuel ?

 

Nous, les seniors LGBT,  nous faisons l'apprentissage très vite de l'auto-exclusion. Le regard communautaire sur les vieux et les vieilles n'est pas tendre. Les associations parentales LGBT ne se préoccupent quasi exclusivement que de la filliation. Pourtant les parents d'aujourd'hui seront bien les grands-parents de demain...

Ainsi l'invisibilité devient l'arme de défense la plus couramment utilisée par nos ainé-e-s. 

Mais devenir invisible a des conséquences : un plus grand isolement, une dépréciation de soi-même, une perte d'intérêt de la vie, une négligence de sa santé qui pour certains ou certaines ira jusqu'au suicide.

Moi, je n'ai pas envie de participer au casting du prochain documentaire de Sébastien Lifshitz : les invisibles 2 ! ( très beau documentaire par ailleurs)

 

J'ai envie de vieillir en continuant d'avoir un rôle social, une sexualité, d'être dans un environnement bienveillant avec des gens qui m'aiment et que j'aime, d'être solidaires des plus fragiles et si un jour je suis dépendant, d'être entouré de gens qui connaissent ma vie et ne me jugent pas.

 

Vous allez me dire, il est bien gentil, mais tout le monde veut ça ! alors comment on fait ?

 

On change de regard, on ouvre les yeux, on milite, on dénonce ce que l'on trouve d'inacceptable, on propose de nouvelles solutions...

La pire des choses serait justement de penser que l'on ne peut rien faire.

Cette journée est là pour vous dire, pour nous dire à tous que nous pouvons changer notre avenir. 

Que nous devons parler de tous les sujets, n'avoir aucun tabou : l'habitat, la santé, la sexualité, la fin de vie... 

 

Et si la communauté LGBT a démontré quelque chose pendant les années SIDA, c'est qu'elle pouvait être solidaire et changer le monde !

 

Alors je reprendrai à mon compte cette phase de Victor-Hugo,  écrite peu de temps avant sa mort :

AIMER c'est AGIR ! Merci...

 

Francis Carrier

Président de GreyPRIDE


19/06/2018
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le maintien à domicile, si souvent souhaité, nécessite une adaptation du logement, qui doit se préparer, dans une véritable démarche « préventive » pour mieux anticiper le 4e âge. Une démarche que trop de personnes refusent d'envisager quand elles sont en

le maintien à domicile, si souvent souhaité, nécessite une adaptation du logement, qui doit se préparer, dans une véritable démarche « préventive » pour mieux anticiper le 4e âge. Une démarche que trop de personnes refusent d'envisager quand elles sont encore en forme. (Cliquer sur la phrase précédente pour accéder à l'article)


14/06/2018
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Des structures inspirantes? en réponse, entre autres, aux inquiétudes face à la vie commune... (Cliquer sur le lien)

Des structures inspirantes? en réponse, entre autres, aux inquiétudes face à la vie commune...


13/06/2018
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"GreyPRIDE bienvenue" une démarche déployée dans les EHPAD de la ville de Paris

La Maire annonce au Conseil de Paris, le déploiement du label "GreyPRIDE Bienvenue" dans tous les EHPAD de la villeIMG_3641.jpg

 

Ce mardi 4 juin, la maire de Paris a annoncé, parmi les actions de la ville auprès des personnes LGBT+, le déploiement du label proposé par GreyPRIDE.

Un premier pas pour GreyPRIDE, mais un grand pas pour un meilleur respect de l'identité des seniors et de leur sexualité dans la filière vieillesse.

La démarche "GreyPRIDE Bienvenue" s'inscrit dans un programme de prise en compte de la sexualité des seniors comme une composante essentielle de la qualité de vie des seniors.

 

GreyPRIDE Bienvenue : bien plus qu'une charte !

 

Les établissements qui s'inscriront dans cette démarche s'engageront  :

- au respect d'une charte 

- à mettre en place un plan de formation auprès des salariés

- à être évalué dans le temps sur des critères définis par GreyPRIDE

 

En retour, GreyPRIDE proposera d'être un centre de ressource à travers une hotline, et proposera des médiations pour les situations les plus difficiles.

 

Le groupe de pilotage en charge de la construction de cette nouvelle démarche est constitué de directeurs d'EHPAD, de gériatres et d'organismes d'aide à domicile dans l'attente d'outils pour améliorer la situation de leurs pensionnaires et aider les soignants/aidants dans cet accompagnement.

 

Pouvoir parler sans crainte de son orientation sexuelle ou de son identité de genre, de son histoire, continuer d'avoir une sexualité : c'est notre ambition pour tous les seniors et pour toute la filière vieillesse.

 


04/06/2018
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Evolution des lois bioéthiques : où sont les forces progressistes ?

Depuis le Mariage pour Tous, tous les sujets bioéthiques restent le lieu de mobilisation des minorités conservatrices.

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«Le Mariage pour Tous« a été à l’origine de la mobilisation des intégristes religieux de tout poil : «La Manif pour Tous»

Depuis, ces groupes revendiquant un conservatisme sur tous les sujets de société, se sont structurés en groupes de pression qui se mobilisent dans les lieux de réflexion sur l’évolution des lois concernant la procréation, la fin de vie, la génétique...

Il n’est pas étonnant que les associations LGBT aient été les opposants naturels des mouvements conservateurs concernant l’ouverte du mariage aux couples de même sexe.

Par contre, il est plus étrange de voir la difficulté de la société civile à se mobiliser pour faire valoir son opinion sur l’évolution des lois bioéthiques, laissant toute latitude à des groupes minoritaires d’occuper le champs de la consultation publique.

Si l’on considère les lois concernant la procréation, ces dispositions sont loin de ne concerner que les personnes LGBT. Pourtant, le face à face entre asso LGBT et groupes issus de la Manif pour Tous continue. Une parole politique forte d’autres groupes est étrangement inaudible : les femmes célibataires, les partisans de la GPA...

Concernant la fin de vie, les consultations publiques faites par le Comité Consultatif National Ethique sont systématiquement sous la pression d’opposants qui apparaissent comme des personnes isolées mais qui sont en fait des émissaires de ces même associations qui ne veulent pas de l’euthanasie légale. Sujet dont ne se sont pas saisies les associations LGBT, à part l’association GreyPRIDE qui a été auditionnée sur ce sujet.

Cette approche masquée des militants intégristes, pour influencer les participants à ces réunions publiques se traduit aussi par l’absence, dans leur argumentaire, de toute référence religieuse... d’où la difficulté de comprendre l’origine des positions prises par chaque camp. Pire les mêmes mots sont utilisé pour défendre des positions opposées : défense des plus vulnérables, dignité des personnes...

Ainsi, ces troupes conservatrices n’ont, pour l’instant, face à elles que peu d’opposants organisés. Les associations LGBT ne seront pas présentes sur le champ de tous les autres sujets bioéthique, il faudra donc que la parole de la société civile progressiste se fasse entendre et se constitue en groupe de pression pour faire valoir ses arguments.

Même si les sondages annoncent que 95% de la population française est favorable à l’euthanasie, le risque politique de faire voter une loi en ce sens ne sera sans doute pas pris par Emmanuel Macron, par crainte de réactiver une minorité agissante comme pour «le mariage gay». On ne peut pas allumer des feux partout !

Souvenons-nous que les choix de société concernant la bioéthique sont éminemment politiques et font l’objet d’une lutte d’influence sans merci.

Alors, mobilisons-nous !

 

Francis Carrier


02/06/2018
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