Grey PRIDE

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Vieillir gay : Des stratégies adaptatives (Québec)

 

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Lors du lancement de la 12e campagne de financement, le GRIS-Montréal a annoncé qu’il orientera son action auprès des aînés-es. Dans ce sens, le professeur Bill Ryan a présenté quelques éléments d’une étude à propos des ainés LGBT qui craignent de retourner dans le placard en s’installant dans une résidence pour personnes âgées.

 

 « Veiller sur les jeunes qui vivent le stress de l'homophobie est plus que nécessaire, mais il faut se rappeler que la même proportion d’aînés LGBT vivent, en silence, la crainte des réactions de leurs familles et, souvent, de celles du personnel des centres d’accueil », a commenté Bill Ryan, professeur adjoint à l’École de travail social de l’Université McGill, en parlant des conditions de vie des personnes âgées homosexuelles et bisexuelles.
 
« Le vieillissement LGBT ne commence pas à 25 ans », a lancé à la blague Bill Ryan. « Et on n’est pas obligé de retourner dans le placard quand on vit dans une résidence pour personnes âgées. » Pour illustrer son propos et mettre en perspective l’incidence de l’éducation au cours des décennies, il a relaté les étapes de la vie - fictive – de Marguerite.
 
« Née en 1935, elle a 80 ans. Elle avait 34 ans lors de la décriminalisation de l'homosexualité en 1969. Elle en avait 38 lorsqu’on a retiré l’homosexualité de la liste des pathologies en 1973. Elle avait 42 ans lorsque le Québec accorda la protection en 1977. Elle en avait 57 lorsqu'elle obtient la protection fédérale en 1992. Et 63 ans lors de la reconnaissance des couples de même sexe en 1998. Elle a eu 70 ans lors de la reconnaissance du mariage entre conjoints de même sexe en 2005 ! »
 
À partir de ce préambule, Bill Ryan a rappelé le but de l'étude. « Il s’agissait de documenter les expériences et les réalités des ainés gais et lesbiennes et leurs familles à travers le Canada en rapport avec l'accès aux services de santé et services sociaux; mais aussi d’examiner le rôle de la santé et des services sociaux dans la livraison des services aux aînés. »
 
Des aînés se confient...
Pour Bill Ryan et le GRIS, il est urgent d’intervenir dans les centres pour personnes âgées. Selon le chercheur, ayant grandi dans une autre époque et selon d’autres mœurs,  les aînés se sont cachés et se cachent encore pour leur survie», explique-t-il. «Pour les gens qui ne faisaient pas parti du mouvement communautaire ou des organismes de soutien, il y a des cicatrices profondes toute la vie.»
 
« Nous avons été maltraités par la société, et nous n'avons pas l'impression que nous serons mieux reçus dans les centres d'accueil lorsque nous serons vieux, malades et vulnérables... », lui ont confié des aînés LGBT lors de l’étude. « Celle-ci nous a appris que l’impact de la discrimination sur la santé est varié et important; et l’absence de confiance en soi engendre un évitement du réseau de la santé par ces mêmes aînés LGBT », ajoute le chercheur.
 
Une discrimination qui touche aussi les proches LGBT des autres aîné-e-s. Jocelyne, bénévole du GRIS, nous confiait comment sa mère cadre ses visites afin d’éviter d’aborder la vie amoureuse et maritale de sa fille lesbienne auprès des autres résidants par crainte des préjugés.
 
Les intervenants se questionnent
Dans les services aux aînés, la référence normative propose une dé-finition de la famille exclusivement biologique. Dans ce processus, l’homophobie n'est pas confrontée ni contestée. On ne peut que constater alors l’invisibilité profonde de l'homosexualité. On notera aussi parfois l’inconfort des intervenants sur les questions de sexua-lité des aîné-e-s, et notamment celle des personnes âgées LGBT. «Il y a peu de reconnaissance des besoins spécifiques : tout le monde est égal dans nos services », admettent certains intervenants.
 
« Je travaille dans le réseau de services aux aînés depuis 12 ans et je n'ai jamais entendu un seul intervenant parler de gais ou de les-biennes. Personne ne nous a dit que leurs expériences de vie peuvent être différentes, qu'ils ou elles pourraient avoir des besoins particuliers… Jamais ! J'ai participé à beaucoup de rencontres concernant les besoins des personnes âgées et les rares fois où nous en parlions, c'était reçu comme une douche froide… »
 
Certains intervenants rencontrés lors de l’étude prennent conscience de ce que cela peut représenter pour une personne aînée LGBT. « La plupart des personnes âgées LGBT qui vont en centre d'accueil perdent ainsi leurs amants, leurs partenaires, leurs amis… », admet l’une. « Une femme voulait savoir si elle pourrait tenir la main de sa conjointe dans la salle de télé, lorsqu’elle sera résidante d'un centre d'accueil », relate l’autre. « Ils vivent dans la crainte, et tant qu'on n'aura pas un réseau plus inclusif, je pense qu'il y aura des gens qui n'iront pas chercher de l'aide, même s'ils en ont vraiment besoin », a même commenté une troisième intervenante.
 
L’affirmation des aînés LGBT
« Certains aînés LGBT ont développé des stratégies adaptatives, reprend Bill, comme ce couple de femmes, où l’une d’elles a changé son nom de famille pour prendre celui de sa conjointe afin que les gens pensent qu'elles sont deux sœurs pour être placées dans la même chambre… D’autres font appel aux stéréotypes pour se reconnaître, comme cette femme qui avait remarqué que, dans sa résidence, beaucoup de femmes hétéros portaient des pantalons, mais que l’une d’entre elles avait une boucle de ceinture particulière. "Elle a l'air moins féminine. Peut-être qu'elle est lesbienne…", s’est-elle dite pour tenter de se rapprocher d’elle. »
 
Des questionnements qui interpellent les intervenants socio-médicaux pour revoir leurs approches des personnes âgées LGBT. «Comment reconnaît-on des gais et lesbiennes ? Des gens qui ont été dans le placard toute leur vie et qui ne se disent même pas à eux-mêmes qu'ils ou elles sont gai ou lesbienne, encore moins aux autres ? Comment peut-on les rejoindre ? Si on veut que les gens se sentent en sécurité, sans crainte, il faut créer un message proactif, une espèce d'engagement que nous sommes inclusifs et non discriminatoires. »
 
« La méthode du GRIS, qui a fait ses preuves avec les jeunes, permettra de briser cet isolement chez les aînés et de changer la culture de leurs milieux de vie afin que ceux-ci soient plus ouverts à la présence et à l’affirmation des aînés LGBT », conclut le chercheur
 


12/11/2015
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