Le vieillissement de la population doit amener les collectivités à relever le défi de l’hébergement des personnes âgées dépendantes d’une part et des seniors plus autonomes d’autre part. Pour ces derniers, l’habitat doit aussi se développer.

Dans un pays qui comptera un tiers de plus de 65 ans en 2050 et dans un continent qui dénombrera 150 millions de seniors dès 2035, le vieillissement de la société constitue un défi considérable pour les décideurs. Face à cet enjeu, le débat public se concentre trop souvent sur la dimension anxiogène de l'allongement de la durée de la vie (perte d'autonomie, isolement, cumul de pathologies...), alors qu'il devrait faire émerger toutes les raisons d'espérer dans cette évolution démographique, laquelle représente avant tout une excellente nouvelle pour la santé de chacun et l'innovation (télémédecine, santé numérique...). 

 
 

À ce titre, il convient ainsi de se réjouir de l'émergence d'une catégorie de seniors actifs, qui avancent dans la vie en bénéficiant des progrès de la médecine, sans perdre les facultés essentielles de leur autonomie, avec ou sans maladie chronique. Ainsi, l'espérance de vie des Français en bonne santé après l'âge de la retraite est de 20 ans aujourd'hui quand elle était deux fois inférieure jusqu'au début des années 1980. 

Dans la classe médiatique ou politique, parmi les artistes ou dans la vie quotidienne, les plus de 60 ans en bonne santé occupent l'espace à leur façon, complétant les plus jeunes et apportant leur expérience, profondément déterminés à être des acteurs connectés à leur écosystème et non des poids pour leur entourage. 

À ce titre, la transformation des logements dédiés aux aînés est l'un des meilleurs exemples de la montée en puissance des seniors actifs. En France, l'hébergement des personnes âgées s'est longtemps résumé au développement massif des établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), dont la presse relaie souvent les difficultés (isolement, coût des prestations et prise en charge par la collectivité, conditions de travail et insuffisance des personnels...). 

 

Mais les 600 000 places proposées actuellement par les maisons de retraite médicalisées ne sauraient répondre à l'attente des aînés valides, lesquels redoutent la solitude (ex. : à Paris, la moitié des plus de 75 ans vit seule) et le prix d'un hébergement individuel (mises aux normes, loyers...). 

Qu'il s'agisse des résidences seniors, gérées par le secteur privé, dont le nombre est cruellement insuffisant (1 % de l'hébergement des personnes âgées contre 7 % au Royaume-Uni et 10 % au Québec) ou qu'il s'agisse des résidences autonomie (anciens "logements-foyers"), gérées par la collectivité ou leurs partenaires (CCAS, bailleurs sociaux, associations...), l'habitat des personnes âgées non dépendantes se développe, mais accuse un retard encore important. 

Malgré une réelle prise de conscience des acteurs publics (loi Dépendance 2015, loi Censi-Bouvard...), le développement et la rénovation de l'habitat senior non médicalisé se heurtent à un écueil financier important, causé par le coût des mises aux normes et la construction et la rénovation des installations. 

 

Dans ces circonstances, le partenariat entre opérateurs privés d'une part, et collectivités publiques d'autre part, constituerait un levier majeur. Si les premiers ont les moyens et la volonté d'investir dans un territoire qui demeure encore trop peu maillé à l'échelle nationale, les secondes sont confrontées à des marges de manoeuvre budgétaires plus limitées que jamais et doivent assurer un hébergement à leurs aînés valides, notamment les plus modestes. 

Concrètement, le lien entre acteurs économiques et institutionnels impliquerait la construction puis l'exploitation par le secteur privé, sur un espace foncier appartenant à un bailleur public, d'un site dédié à l'hébergement des seniors non dépendants. Une partie des logements serait attribuée par la collectivité aux bénéficiaires de l'aide sociale dans le respect des plafonds de redevance prévus par le législateur, tandis que l'autre partie serait réservée aux personnes en mesure de financer un hébergement de type résidence pour seniors. 

 

Ces partenariats publics privés (PPP) existent et fonctionnent déjà, et permettent aux collectivités de financer la réhabilitation des logements-foyers par une optimisation de leur foncier en intégrant un immeuble communal jouxtant le bâtiment de la résidence existante. Ces PPP permettent la coexistence de logements sociaux et de logements libres, le partenaire privé assurant la gestion de la totalité de la résidence. 

Ce modèle présente plusieurs avantages : premièrement, la viabilité financière et le développement accéléré d'un hébergement pour les plus de 65 ans sans déficience majeure, ce qui représente un équipement essentiel pour l'équilibre d'un territoire ; deuxièmement, la mixité sociale permettant de faire se côtoyer des aînés de différentes conditions, ainsi que leur entourage ; troisièmement et c'est peut-être là l'essentiel, favoriser, à travers l'habitat des seniors actifs, la place que ces derniers méritent au coeur de la société.