Grey PRIDE

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Lettre d'un jeune gay aux générations qui l'ont précédé...

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Je l’avoue, j’ai une dette envers vous. Énorme. Incommensurable. Qui méri-terait que je prenne une minute de silence chaque jour pour vous remercier. Vous, gais et lesbiennes qui ont 15, 30 ou 40 printemps de plus que moi, et qui vous êtes battus pour nos droits. 

 

J’envisageais vous écrire depuis des mois, mais la sortie prochaine du film Stonewall a rendu mon besoin encore plus criant. Alors que certains s’indignent de la présence minime des transgenres et des personnes de couleurs dans la recons-titution cinématographique des événements, je m’insurge contre les jeunes homosexuels qui ignorent tout des plus grandes émeutes ayant opposé gais et policiers en Amérique, marquant l’éclosion réelle du militantisme homosexuel.
 
Je suis profondément mal à l’aise de constater que les jeunes générations ne savent presque rien de l’époque où l’homosexualité était passible de condamnation criminelle et perçue comme une maladie mentale traitable par électrochocs et lobotomie. Trop peu d’entre nous se souviennent du nettoyage du maire Jean Drapeau, qui voulait cacher les bars et saunas gais – ainsi que les taudis et les itiné-rants – pour masquer ce qui lui faisait honte, durant les Jeux olympiques de Montréal en 1976. Trop rares sont les gais et lesbien-nes de moins de 40 ans qui réali-sent le chemin parcouru depuis l’époque où la police faisait des descentes dans les bars, réprimait la communauté LGBT et empri-sonnait ses membres sans discer-nement. 
 
Les représentants des générations Y et Z sont redevables envers ceux qui se sont battus dans les années 70, 80 et 90. Grâce à eux, je peux me concentrer sur mes joies et mes peines relationnelles, au lieu de craindre d’être battu par un policier en fonction. Grâce à eux, j’ai le droit de saluer mon amou-reux d’un baiser, sans rechercher les lieux sombres et marginaux. 
 
Parce que oui, contrairement aux lecteurs qui étaient persuadés que j’étouffais mon affection en public, après avoir lu une chronique où je décrivais les circonstan-ces ponctuelles et territoriales qui me rendaient prudent, je fais partie de ceux qui se laissent aller 90 % du temps. Je me permets de danser dans un bar en mariant les rythmes de mes hanches à celles de mon partenaire. Je parcours les rues de la métropole en mêlant mes doigts à ceux d’un homme, avec un mélange de désinvolture et d’affirmation. J’ai à mon actif une série de baisers – dont plusieurs dépassaient la limite du politicaly correct – au su et au vu de tous. Et ce, sans jamais limiter mes élans d’affection aux frontières du Village gai. 
 
Non seulement mes amours masculines ne sont plus passibles d’emprisonnement ou de traitements inhumains, mais je peux aussi imaginer me marier à un homme et construire un nid douillet pour accueillir un poupon. Les batailles remportées au cours des dernières décennies ont même une influence sur ma vie professionnelle : en plus de pouvoir afficher mon homosexualité sans gêne avec mes collègues de travail, je suis libre d’écrire des chroniques d’opinion sur les réalités LGBT et de publier des romans dont le personnage principal est ouvertement gai, sans être réprimé ni censuré. 
 
Il est grand temps que les jeunes gais et lesbiennes occidentaux sortent leur tête du sable, qu’ils réalisent à quel point leur vie est légère grâce à leurs prédécesseurs et qu’ils apprennent à se battre eux aussi. Je sais, je sais, en 2015, l’homosexualité est plus que jamais considérée comme un aspect parmi d’autres de l’identité d’un individu. Nombreux sont ceux qui considèrent invalide l’idée de se rassembler autour de cette seule caractéristique. Pourtant, celle-ci a suffi pour justifier tant d’atrocités depuis des siècles. Et l’histoire se poursuit!
 
L’homosexualité, la bisexualité et le transgenrisme sont encore au centre des motivations justifiant l’exclusion, des violences verbales et physiques, des meurtres et tant d’autres droits bafoués. La seule façon de faire reculer ces horreurs, c’est de se regrouper. La croyance populaire veut que les jeunes soient peu engagés. Toutefois, des dizaines de milliers d’entre eux ont prouvé le contraire au cours des dernières années. Et des milliers d’autres sentent quelque chose tressaillir en eux. Une envie de dire, de prendre position et d’agir pour changer les choses. Mais ils ne savent pas toujours comment ni par où débuter. 
 
Vous à qui je rends hommage depuis le début, montrez-nous. Aidez-nous à marquer notre époque autrement que par l’individualisme, les égoportraits et la mise en scène du monde. Apprenez-nous à y prendre part. Racontez-nous ce que vous avez vécu. Identifiez avec nous les batailles à venir. Et marchez à nos côtés.
 
 


27/10/2015
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