Grey PRIDE

Grey PRIDE

Lettre au défenseur des droits : plaidoyer pour une génération abandonnée

La lettre ci-dessous a été rédigée par le collectif GreyPRIDE et remise au défenseur des droits

ainsi qu'à la Mairie de Paris.

En France, il faut comprendre que la situation des seniors LGBT n'est même pas une question que l'on se pose !

Il faut dire et clamer que toutes et tous les anciens militant-e-s ne doivent pas  être ignoré-e-s par leur communauté. 

Il faut dire que 50 000 à 80 000 séropositifs arrivent à l'âge de la retraite et vont être confrontés, à la pauvreté, aux difficultés de prise en charge, au rejet, car pour l'instant,  le personnel de la filière gériatrique n'est pas formé .

Les respect des minorités sexuelles en gériatrie, passe par une formation et une communication auprès des acteurs de cette filière.

 

Et souvenez-vous d'un chiffre : nous sommes 800 000 seniors LGBT de plus de 60 ans ! 

Voyez-vous beaucoup de seniors dans les différentes marches ? Alors demandez-vous où ils sont !

Partagez, discutez , agissons !

 

Lettre :

 

 

Objet: Note sur la situation des seniors LGBT en France et proposition d'actions

 

Préambule

Le collectif GreyPRIDE regroupe des associations LGBT et de lutte contre le SIDA ainsi que

des personnes physiques concernées par la situation des LGBT face au vieillissement. Elles

ont créé ce collectif GreyPRIDE avec comme objectif prioritaire de recenser les actions déjà

réalisées et de mettre en place de nouvelles actions pour répondre aux besoins des seniors.

Depuis avril 2015, elles se réunissent une fois par mois au CRIPS. Par ailleurs des rencontres

de seniors LGBT sont organisées au centre LGBT.

Co-signataires : Acceptess-T, AIDES, ACT UP, Les Bascos, CRIPS, DiverSenior, Centre

LGBT Paris IDF, David&Jonathan, FSGL, InterLGBT,

Le Kiosque Infos Sida, Les Gais Retraités, Les Petits Bonheurs, SOS homophobie,

Francis Carrier, Richard Boitel

 

A plusieurs reprises il sera fait référence, dans cette note , au rapport DELAUNAY (rapport

co-écrit par SOS-Homophobie, Le Groupe SOS et AIDES), rapport qui contenait

23 propositions (cf annexe) et nous laissait beaucoup d'espoirs, aujourd'hui déçus.

 

D'autres références sont prises dans Le journal du Sida (Novembre 2008) et l'étude SIS

Enfin le blog www.greypride.fr recense toutes les études et parutions que nous avons pu

trouver sur ce sujet.

 

Situation actuelle

Les problèmes rencontrés par les seniors LGBT ne sont pas suffisamment pris en compte

par l'ensemble des acteurs concernés :

par les institutions, les associations LGBT elles-mêmes (très peu d'actions concrètes ont été

recensées), par la filière gériatrique ou le ministère de la santé.

 

Très peu d'études existent sur cette population qui pourtant peut être chiffrée à plusieurs

centaines de milliers d'individus (2 mémoires touchent à ce sujet). D'autre pays européens

ainsi que les USA et le Canada se sont préoccupés depuis longtemps des problèmes

spécifiques aux seniors LGBT.

 

Les études faites à l'étranger montrent en général :

- une population ayant un plus grand risque d'isolement dû à un éloignement ou des ruptures

familiales

- des revenus inférieurs à la moyenne nationale (dus à des périodes d'inactivité professionnelle

plus ou moins importantes), un taux plus grand d'extrême pauvreté et de SDF

- une prévalence plus importante aux problèmes psychiques, dépression mais aussi à l'usage

de drogue. L'obligation de produire un certificat de maladie mentale pour obtenir un

changement d'état civil affecte aussi le parcours des personnes transgenres.

- un recours inférieur au système de santé à cause d'une méfiance des institutions

- des facteurs de vulnérabilités qui, dans l’âge, se cumulent et se renforcent (migration,

parcours de vie, précarité, isolement…)

 

Beaucoup des seniors LGBT occultent leur orientation sexuelle : soit parce qu'ils font partie

d'une génération habituée à dissimuler leurs préférences sexuelles, soit par crainte de devoir

faire un "coming-out" plus ou moins bien accepté par leur environnement (aide à domicile,

aide- soignante, autres pensionnaires retraités...) , soit parce qu'ils pensent que leur

orientation sexuelle fait partie de l'intime et n'a donc pas à être un sujet de discussion ouvert.

Le tabou de la sexualité des seniors en général, est un facteur aggravant de la situation des

LGBT. Ce tabou implique par ailleurs un autre tabou sur l’offre de prévention en santé

sexuelle pour les personnes âgées qui reste aujourd’hui impensée.

 

L'expérience de la transidentité rend aussi très difficile l'accès au droit commun : avec l'âge

elle empêche l'accès à des revenus et par conséquent à un logement et à l'autonomie. En

vieillissant les personnes transgenres sont encore plus en situation de difficulté lorsque il n'y a

pas conformité entre la mention de leur sexe sur les documents officiels et leur "genre social".

 

Des études scientifiques se font enfin l'écho d'un vieillissement accéléré des séropositifs, or la

pratique médicale distingue la prise en charge médicale du VIH et la gériatrie. Les problèmes

de santé des PVVIH sont presque systématiquement considérés au regard de la séropositivité,

et l’âge n’est pas pris en compte, ou très insuffisamment. Il est nécessaire, pour ne pas dire

urgent, de créer des passerelles entre gériatrie et infectiologie.

 

Ce cumul de vulnérabilité en santé (âge et séropositivité) se conjugue aussi à un cumul de vulnérabilité sociale :

l’orientation sexuelle et l’identité de genre, mais aussi leur origine, leur parcours intime,

social, familiale, la précarité qui peut être liée à un parcours de vie avec le VIH.

 

Les actions et tentatives d'actions

Le rapport Delaunay faisait état de 23 propositions : à notre connaissance, elles n'ont pas été

intégrées dans la loi sur l’adaptation de la société au vieillissement votée le mois dernier.

 

L'association l'Autre Cercle a élaboré et diffuse auprès des maisons de retraite et des

EHPAD une charte d'engagement de ces structures envers les populations LGBT . Très peu

d'établissements l'ont signée.

 

L'association David &Jonathan a accompagné ou accompagne encore une vingtaine de

seniors, par une visite mensuelle au domicile du senior. Par ailleurs, elle organise à leur

intention, chaque mois, un déjeuner. Un projet d'une maison communautaire pour seniors

avait été envisagé puis abandonné pour des raisons budgétaires.

 

L'association Les Petits Bonheurs suit des seniors atteints par le VIH.

Le groupe SOS a réservé une vingtaine de lits dans sa maison de Bobigny pour accueillir les

PVVIH ayant des problèmes mentaux.

 

ACCEPTESS-T suit des personnes transgenres vieillissantes et propose des activités

physiques dans le cadre d'un programme de qualité de vie et de qualité des soins. Elle recense

aussi les problèmes d'accès aux services sanitaires et sociaux dus à leur statut.

 

Un colloque a été organisé il y a deux ans par le Centre LGBT et la Mairie de Paris (actes sur

le blog) mais aucune action n'a été entreprise.

 

Une maison communautaire réservée aux femmes (projet féministe) a ouvert il y a quelques

années à Montreuil (Les Babayagas).

 

Certains organismes privés proposent la création de lieux d'habitation communautaires pour

seniors aisés et en forme. Pour l'instant aucun de ces projets n'ont abouti. (Lotissement dans

Agde, Maison ARCENCIEL, Projet d'habitations dans l'Aude/Canal du Midi...)

La conférence de consensus, animé par AIDES , en avril 2013 a fait émerger les besoins

spécifiques des personnes que l'association accompagne et a permis de recenser les priorités.

 

Propositions d'actions du collectif GreyPRIDE

 

1/ Mettre en place des actions de communication auprès de la filière gériatrique :

établissements, services d'aide à domicile …...

Il est important que tous les acteurs soient informés que dans le public qu'ils accueillent ou

qu'ils soignent, certains ont une orientation sexuelle différente de la majorité et doivent être

respectés en tant que tels.

Le questionnement lors des entretiens ou des visites ne doit pas présupposer l'orientation

sexuelle, ce qui a pour conséquence une dissimulation de la sexualité LGBT et empêche la

mise en place d'une relation de confiance entre l'aidant et l'aidé.

Il faut communiquer sur le respect de la sexualité des seniors en général, et des seniors LGBT

en particulier, et développer des programmes de prévention.

Tous les lieux d'accueil de personnes âgées doivent respecter l'intimité de ses pensionnaires et

la possibilité d'avoir des lits contigus. La sexualité des seniors hétéros ou homos n'est pas une

perversion.

 

2/ Mettre en place des actions de formation pour les personnels

Il est nécessaire de former les personnels et les cadres (formation initiale et continue) de la

filière sur la relation d'aidant et l'orientation sexuelle ainsi que les médiateurs familiaux

Le personnel d'Aide à Domicile doit être informé des différentes situations auxquelles il peut

être confronté et savoir les gérer :

- les actes de desinhibition sexuelle ( d'une personne ayant une orientation sexuelle différente

de la leur)

- le respect de l'intimité d'un couple homosexuel (objets, revues...)

- formation sur la transidentité et la diversité des parcours de transition

 

3/ Favoriser l'émergence d'études sur la situation des seniors LGBT et la création d'un

observatoire sur le respect des minorités dans la filière gériatrique

Etudes médico-sociales pour analyser précisément la situation de cette population et suivre

l'évolution de leur situation

 

4/ Proposer des acteurs de protection ayant une sensibilité LGBT

− les curateurs et tuteurs actuels méconnaissent les particularités de la situation des

personnes LGBT. L'orientation sexuelle est un facteur qui influence certains choix de

mode de vie et doit être pris en compte dans les décisions de protection de la personne.

− élargir le rôle de la « personne de confiance » du médical au médico-social. Cette

proposition du rapport Delaunay permettrait au senior LGBT n' ayant plus de famille

de désigner une personne qui serait le médiateur entre lui et les différentes structures

d'accueil, organismes ….

 

5/ Expérimenter des lieux de vie "LGBT friendly"

Cette proposition figure aussi dans le rapport Delaunay.

Aujourd'hui les lieux communautaires privés existent et regroupent des personnes âgées par

affinités : selon les religions (maisons à caractère chrétien, juif, protestant), les entreprises

(SNCF, RATP, EDF...) , les anciens du spectacle, les anciens émigrés (ex foyers ADOMA),

par sélection financière ( Les Hespèrides), mais dès que l'on parle de permettre le

regroupement de personnes LGBT le couperet de l'égalité républicaine s'abat inexorablement.

On devrait pourtant pouvoir permettre à des personnes en situation de fragilité de se regrouper

et de vivre ensemble sans que ce soit un défit à la règle d'égalité républicaine. Ouvrons des

lieux "LGBT-friendly", sans exclusive, mais qui permettent d'identifier certains lieux comme

étant labellisés et particulièrement attentifs à cette population.

 

6/ Porter une attention particulière aux personnes vivant avec le virus du sida.

Il faut lutter contre les facteurs de co-morbidité ( cancers, diabète, parkinson, alzheimer) et, là

aussi, former le personnel de la filière gériatrique.

L'isolement, l'absence d'hygiène de vie, le rejet de leur communauté, la situation de grande

précarité sont autant de facteurs aggravants de la situation de ces personnes. Les soutenir par

des actions appropriées semble urgent et nécessaire. (cf articles ci-dessous).

Elles ne doivent pas être discriminées à l'entrée dans un EHPAD.

Certains EHPAD ayant une mutualisation du budget médicament hésitent à prendre des

personnes VIH. La sélection en fonction de la pathologie n'est pas acceptable et faisait aussi

l'objet d'une proposition du rapport Delaunay.

 

Ces quelques propositions d'action pour lutter contre la discrimination des seniors LGBT sont

essentielles et non exhaustives.

 

Toutes les propositions du rapport Delaunay doivent faire l'objet d'une étude complémentaire

pour sensibiliser les pouvoirs publics et prendre en compte les particularités d'une population

dont la place dans la société est tolérée, mais pas complètement acceptée. Ces dispositions ne

tendent pas à faire le jeu d'un communautarisme LGBT, mais veulent supprimer des inégalités

dont souffre cette population.

 

En conclusion

Ces propositions d’action ne relèvent pas toutes de votre compétence, mais elles illustrent par

contre la négation des droits des personnes LGBT dans l’âge du fait d’une incapacité à les

reconnaitre pour ce qu’ils sont, avec leur orientation sexuelle, leur état de santé, leur identité

de genre. Le progrès dans la gestion des minorités, dans le secteur de la gérontologie, servira

aussi à améliorer notre écoute des besoins des personnes âgées en général et à lutter contre

l'isolement. C’est donc de nouveaux dispositifs d’accès ou de renforcement des droits qui

peuvent être imaginés, et c’est pourquoi nous vous sollicitons aujourd’hui.

Nous souhaiterions donc vous rencontrer, ainsi que vos services afin de pouvoir échanger

avec vous sur ce qu’il pourrait être possible de faire concrètement, mais aussi en termes de

recommandations aux pouvoirs publics.

Nous sommes à votre disposition pour vous rencontrer et développer l'exposé de ces

différents sujets.

Je vous prie d'agréer .l'expression de notre considération

distinguée.

 

Le collectif GreyPRIDE

 



03/07/2016
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