Grey PRIDE

Grey PRIDE

L'assistante sexuelle sera-t-elle un métier ?

Les personnes âgées, dépendantes ou non, ont droit à la sexualité 

par Nathalie Levray

 

ehpad-senior-sexualité-UNE© Photographee.eu-Fotolia

 

Le désir et le sexe font leur entrée dans les Ehpad par la grande porte, à l’occasion du 32e congrès de la Fnadepa. Le tabou levé, et alors que l’assistance sexuelle reste interdite en France, l’exercice du droit à la sexualité questionne directeurs et équipes : comment accompagner sans interférer, protéger sans abuser, reconnaître un consentement non verbalisé. Si la fin de vie n’empêche pas la sexualité, encore faut-il être juridiquement prémuni contre les risques de dérapage. Pour adapter les Ehpad à cette nouvelle donne, la formation des professionnels et une réflexion éthique permettent d’anticiper la survenance des situations. La loi d’adaptation de la société au vieillissement offre aux établissements, désireux à la fois de permettre et de protéger, trois outils supplémentaires : l’évaluation pluridisciplinaire, l’annexe au contrat de séjour et la procédure de sauvegarde.

 

L’assistance sexuelle sera-t-elle un métier exercé demain dans nos Ehpad, après l’ergothérapeute, le coiffeur, le chauffeur, etc. ?

Si la France refuse toujours la pratique en vigueur en Suisse, aux Pays-Bas ou en Allemagne, la Fédération nationale des associations de directeurs d’établissements et services pour personnes âgées (Fnadepa) a osé poser la question le 28 juin, dans le cadre de son 32e congrès tenu à Lille, sous le titre « Désir, sexe et 3e âge ». C’est qu’une population plus exigeante, plus consciente de ses droits et actrice de la libération sexuelle arrive dans les établissements.

« Pourquoi ne pas porter le sujet au grand jour ? », interroge Claudy Jarry, le président récemment renommé à la tête de l’organisation. « D’autant que ces sujets sont présents dans nos établissements depuis longtemps, mais personne n’en parlait », ajoute cette directrice qui a dirigé dix ans un Ehpad en région.

La fin de vie n’empêche pas la sexualité

Le tabou est levé. Les intervenants comme les quelque 380 participants reconnaissent l’existence du désir comme un « sujet à partager entre résidents, famille et soignants ». « La fin de vie n’empêche pas la sexualité », commente l’un d’eux. N’empêche, les multiples questions sous-jacentes sont loin d’être résolues.

Louise de Prémonville, qui a passé du temps en Ehpad pour réaliser son film « libérateur de paroles », Le corps des vieux, note une « certaine méconnaissance des professionnels » : pas évident de savoir réagir à une situation, de fixer la frontière entre accompagnement et ingérence, de laisser s’exprimer le désir au sein de la structure et sa satisfaction entre résidents, fussent-ils des conjoints, ou d’analyser un consentement sans verbalisation, etc.

Tout faire pour prévenir les risques de dérapage

Pour mieux connaître et savoir réagir, l’anticipation, notamment par la formation, est une des pistes évoquées à la tribune. Les professionnels peuvent être sensibilisés sur « des clés, des ressorts » mais le constat de la singularité de chaque situation et de la nécessité d’un traitement au cas par cas est partagé.

Même consensus sur les conséquences d’un manque pour appréhender une situation, cerner un besoin et y répondre : les risques de dérapage, voire d’agression, sont réels aussi bien dans les relations entre résidents qu’entre soignants et résidents. Aussi appartient-il à l’établissement et à son personnel de tout mettre en œuvre pour prévenir et gérer ces risques, mais sans rien empêcher de ce qui relève du respect de la vie privée et de la vie familiale, de la dignité et de la liberté d’aller et venir. « L’intimité inclut la sexualité », note David Caramel, avocat.

L’établissement ne peut pas faire l’économie d’un travail éthique

« Le droit à la sexualité existe, même en établissement », ajoute-t-il. Plus de dix textes (1) le garantissent, selon l’avocat.

Un droit qui doit s’équilibrer et s’épanouir dans les limites de l’obligation de sécurité due au résident par l’établissement et son personnel. Une sexualité sur laquelle l’établissement n’a aucune obligation de communiquer avec la famille, même si, dans sa pratique, David Caramel relève qu’aborder le sujet peut désamorcer une situation conflictuelle et anticiper une crise.

Après les outils rendus possibles par la loi de 2002, tels la pose de verrous et d’un appel d’urgence dans chaque espace privé, la transmission des informations et leur traçabilité, la procédure de signalement, l’établissement ne peut faire l’économie d’un « travail éthique », conseille David Caramel, notamment via un protocole de gestion de ces situations.

Trois outils supplémentaires avec la loi Vieillissement

L’avocat défend en outre trois dispositifs de la loi d’adaptation de la société au vieillissement du 28 décembre 2015. L’évaluation pluridisciplinaire définit les « mesures particulières à prendre pour assurer l’intégrité physique et la sécurité de la personne » et « soutenir l’exercice de sa liberté d’aller et venir ». Dans ce cadre, l’« appréciation humaine et médicale » de l’équipe, en lien avec la famille et les proches le cas échéant, peut permettre de répondre aux besoins sexuels d’un résident.

L’annexe au contrat de séjour, dont le modèle est réglementaire, peut concrétiser ces mesures individuelles élaborées par le médecin coordonnateur ou traitant avec l’équipe médicosociale de l’établissement.

Enfin, en l’absence d’interlocuteur familial, l’avocat rappelle l’utilité de la procédure de sauvegarde, étendue aux personnes hébergées dans des établissements médicosociaux.



04/07/2017
0 Poster un commentaire

A découvrir aussi


Inscrivez-vous au blog

Soyez prévenu par email des prochaines mises à jour

Rejoignez les 335 autres membres