Grey PRIDE

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Je suis assistante sexuelle pour personnes âgées


En Suisse, Judith Aregger se déplace en établissement pour personnes âgées et handicapées afin de soulager des envies particulières ou de répondre à des besoins envahissants.
Illégales en France, ses modalités d'interventions, relatées au congrès de la Fnadepa, ont provoqué un feu de questions tant le sujet reste tabou en Ehpad.
Pour combler les besoins charnels parfois débordants de certains résidents, les gestionnaires d'Ehpad français se trouvent souvent démunis.
 
Fin juin, le congrès de la Fédération nationale des directeurs d'établissements et services pour personnes âgées (Fnadepa) s'est tenu à Lille sur le thème "Envies, besoins, plaisirs: et les vieux dans tout ça ?".
L'occasion d'aborder le sujet de la sexualité en Ehpad avec Judith Aregger, assistante sexuelle en terre helvète, où l'activité est légale (voir encadré). "Je fais des accompagnements sexuels pour des personnes en situation de handicap et de plus en plus pour des personnes âgées en situation de grande dépendance", a-telle expliqué au début de son intervention.

Le doyen de ses "bénéficiaires", comme elle les appelle, a 94 ans. "C'est à chaque fois une situation unique, une réponse individuelle, sur mesure".
 
"Je ne viens pas vendre mes services, c'est en fonction d'un besoin". Un besoin clairement exprimé par un résident et discrètement assouvi via une prise de rendez-vous... ou émanant d'une équipe, laquelle a recours à Judith Aregger, avec l'aval de la direction, "lorsqu'un résident commence à toucher les soignantes", les aguicher, voire "les agresser verbalement".
 
L'accompagnement n'est pas une solution miracle, et n'a pas vocation à s'appliquer à tous, a-t-elle tenu à souligner. Aucune structure ne s'est encore "transformée en lupanar", a-t-elle insisté avec humour.
 
Pour elle, "la revendication d'un accompagnement à la vie intime, affective et sexuelle est plus complexe et subtile qu'un simple droit à l'orgasme […] C'est la recherche d'un bien-être total, physique et moral, l'attente d'une prise en compte autant que d'une prise en considération de l'humanité qui réside en chacun de nous".
 
Les plus âgés moins compris que les personnes handicapées
Judith Aregger s'est formée en 2008 en Suisse romande. A l'époque, il s'agissait de devenir simple "caresseur". La question des limites a plus tard évolué en fonction du consentement des deux parties. "Le consentement, une grande question", a-t-elle lancé, notamment en cas de démences ou de handicap mental.
 
Dans certains cas, le besoin apparaît clairement. Elle a cité une nonagénaire dont s'est occupé un de ses collègues. Son mari était décédé depuis 30 ans et son abstinence sexuelle, depuis, ne lui avait jamais posé de problème. "Arrivée en établissement, elle a été prise de panique et a eu besoin d'être soulagée. Elle a été entendue, prise au sérieux".
 
L'un de ses collègues, disions-nous... l'un des rares hommes à officier étant donné que les demandes proviennent rarement des femmes. Judith Aregger attribue ce phénomène au "tabou" pour ces dernières d'exprimer un besoin sexuel. Elle-même intervient toutefois régulièrement auprès d'une résidente atteinte de troubles cognitifs qui souhaite "apprendre à se masturber", utilisant auparavant des outils dangereux car peu adaptés.
 
Judith Aregger a aussi souligné la différence entre les personnes âgées et handicapées, pour lesquelles les équipes manifestent généralement plus de compréhension. "Ils se disent que la personne ne peut pas se satisfaire", alors que les plus âgés sont censés, pour la plupart, avoir eu une vie conjugale derrière eux.
 
"Allocation galante"
 

Le bénéficiaire paye la prestation, à hauteur de 130 euros pour une heure. Interrogée sur la réaction des familles, l'intervenante a reconnu que c'était "un problème", car "souvent les enfants s'opposent", voire dénoncent "une infidélité", même si le conjoint est décédé. De plus, "le coût peut être un frein" car certains y voient "la fuite de l'héritage dans une activité sexuelle"...
 
Un établissement dans lequel Judith Aregger intervient a pu toutefois instaurer "une 'allocation galante' avec une fondation privée", laquelle finance les assistants sexuels pour tous les résidents. Au même titre que "le pédicure et le physiothérapeute", elle doit ensuite entrer un compte-rendu dans le système informatique.

Autre "risque", l'attachement sentimental que peuvent développer les bénéficiaires. "Le fait que ce soit payant clarifie les choses" mais il est vrai que "certains tombent amoureux". Après, "il ne faut pas avoir peur de l'amour", a-t-elle souligné, car le "chagrin d'amour" fait aussi partie de la vie.
 
Pour éviter toutefois que s'installe une dépendance affective, elle espace les rencontres à une fois par mois.
 
Interrogée par une congressiste sur la possibilité que ses interventions soient prises en charge dans le cadre d'une dotation soin, au sens de "bien-être" (et donc puissent, par ce biais, être réglementées en France), Judith Aregger a répondu que "même si la sexualité est bonne pour la santé et qu'elle peut permettre de réduire les médicaments, elle n'est pas une maladie". Elle a affirmé le fait que "l'assistance sexuelle n'est pas un soin" mais "un travail du sexe".
 
Le cadre légal:
En Suisse, le métier d'assistant sexuel est lié à la prostitution (qui est légale), sauf à Genève, où vit Judith Aregger, et où ces accompagnants ont un statut à part. Mais ailleurs, l'assimilation à la prostitution "pose un problème" pour former de nouveaux assistants selon elle.

En France, l'activité s'assimile à de la prostitution, qui est légale dans l'Hexagone mais le recours à la prostitution est désormais passible d'une amende. En outre, le proxénétisme (la mise en relation entre assistant sexuel et bénéficiaire) est prohibé. 

A défaut de réglementation, les gestionnaires d'Ehpad pourront jeter un oeil sur la stratégie nationale de santé sexuelle, publiée fin mars par l'ex-ministère des affaires sociales et de la santé peu avant le changement de gouvernement. Le document comporte un chapitre incitant à "prendre en compte la sexualité des personnes âgées", notamment en établissement.
 
claire Beziau - journaliste - APMnews
 

 



01/08/2017
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