Grey PRIDE

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Presse, Radio, Video


LGBT, La liberté d'aimer

Bonjour à tous,

 
Je viens de voir en replay, l’émission de LCI, dont une camerawoman était passée un samedi à  Basiliade, lors d’une rencontre Grey pride :
Je ne l’avais pas vu auparavant, je pense que d’autres adhérents non plus.
 
Bon week-end et/ou bonnes vacances,
Alain Moguerou
 
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07/08/2017
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Que se passe-t-il derrière les murs des maisons de retraite ?

 

 La Dépeche : Publié le 31/07/2017 à 07:53, Mis à jour le 31/07/2017 à 09:42 

Que se passe-t-il derrière les murs des maisons de retraite ? 

La grève de plus de cent jours menée par le personnel soignant aux Opalines à Foucherans dans le Jura a fait sauter un premier verrou sur un monde longtemps resté dans l'obscurité. Le mal-être des aides-soignant(e) s et des agents de services hospitaliers (ASH) était auparavant un tabou. Une frange de salariés à qui on ne donnait pas la parole. Surcharge de travail, blessures et fatigue psychologique, façonnent le quotidien du personnel soignant. «Faire du mieux que l'on peut avec les moyens que l'on a». Un leitmotiv. Sauf qu'ici, nous parlons d'être(s) humain(s). L'humanité des résidents et des soignants. 

Actuellement, les 730 000 résidents d'Ehpad représentent 10 % de la population française des plus de 75 ans. Tous les rapports l'évoquent, la France vieillit. «L'effectif des 75 ans ou plus va atteindre huit millions de personnes en 2030 contre cinq millions en 2005 (+ 60 %)», indique une étude du ministère de la Santé en partenariat avec la fédération nationale des observateurs régionaux de la santé (Fnors). C'est un défi d'aujourd'hui et de demain. 

Et pourtant une réforme de la tarification des maisons de retraite est prévue. Elle a été adoptée par l'ancien gouvernement et va engendrer une baisse de 200 millions d'euros des dotations annuelles allouées aux maisons de retraite publiques, estime la Fédération hospitalière de France (FHF). Comment faire mieux avec moins ? Une question quasiment philosophique à laquelle sont confrontés les directeurs des Ehpad. Les premiers à payer le prix fort : les soignants. Des conditions de travail qui se dégradent à vue d'oeil et donc des résidents de plus en plus «bousculés» pour gagner du temps. 

Alors, nous avons décidé de laisser la parole à ceux et celles qui oeuvrent pour tenter d'apporter confort et sérénité à ces personnes en fin de vie. Nous avons lancé un appel à témoins. Des dizaines de témoignages nous sont parvenus. Tous plus édifiants les uns que les autres. Un point commun : la souffrance. Qu'elle soit personnelle ou collective. Des résidents ou du personnel soignant. Nous avons tenté de mettre en lumière ces maux trop longtemps verrouillés. 

Témoignages recueillis par Anaïs Mustière 

1. Aides-soignant(e)s, paroles libérées 

Moins de budget mais toujours plus de résidents à faire leur entrée dans ces établissements spécialisés. Du côté du personnel soignant, cela fait un moment que la sonnette d'alarme a été tirée. Trop de résidents, pas assez de temps, une cadence infernale à laquelle participent les aides-soignants (AS) ou les agents de personnels hospitaliers (ASH). Infernale mais aussi inhumaine. C'est le mot qui est revenu le plus souvent lorsque nous avons recueilli des dizaines de témoignages d'aides-soignantes et d'ASH sur l'Occitanie. Certain(e)s osent même formuler le mot «maltraitance». Un mal-être pour les résidents et du personnel en bout de course. En retranscrivant quelques témoignages nous avons tenté de mettre en lumière ce qui se passe au coeur de ces maisons de retraite. 

Sophie*, 41 ans, AS en Haute-Garonne : « On est dans le low cost des soins » 

Depuis huit ans, Sophie, 41 ans, travaille dans un Ehpad. Elle a vu son environnement de travail se dégrader au fur et à mesure des années. « Tout le personnel est au bord du burn-out. On vient de nous supprimer un poste. Nous sommes surchargées », raconte, fatiguée, la quadragénaire. « Mon métier aujourd'hui, c'est de la manutention. On vise l'essentiel, la toilette intime, on lave les mains et point. Je n'ai pas le temps de parler aux résidents. Une personne avec des problèmes d'élocution a voulu me parler et je me suis rendue compte que je ne l'écoutais même pas tellement je pensais à ce qu'il me restait à faire. Un résident m'a dit qu'il avait envie de mourir, je n'ai même pas eu le temps de le réconforter. C'est de l'abattage. On est dans le low cost des soins », se confie-t-elle, dégoûtée de participer à cette dégradation de la qualité des soins. 

David*, 45 ans, AS dans le Lot : « Je l'ai laissée mourir seule » 

Aide-soignant de nuit dans une maison de retraite, David pratique le métier depuis plus de 19 ans. 65 résidents dans son établissement et six personnes le matin pour faire les toilettes, le petit-déjeuner, habiller les personnes… « Le pire c'est le samedi et dimanche, vu que nous n'avons pas le temps, certains résidents restent au lit tout le week-end. On ne les lève pas. Pour les autres, il faut expédier le moment où on doit les coucher. Pour nous, c'est de la maltraitance mais nous n'avons pas le choix », dit-il épuisé par cette machine infernale. « Je ne suis pas satisfait de ce que je fais quand je rentre chez moi. Lorsqu'on fait les transmissions à l'équipe suivante, on passe plus de temps à parler du fait qu'on n'a le temps de rien que du reste. La nuit, nous sommes deux pour l'ensemble des résidents et la priorité est donnée au ménage des parties communes. Un soir, j'ai été obligé de laisser rendre son dernier souffle à une résidente en fin de vie. Elle est décédée seule parce que je n'avais pas fini le ménage ! Si je ne nettoyais pas en temps et en heure, j'étais sanctionné par la direction », se désole, David. 

Stéphanie*, 36 ans, AS en Haute-Garonne : « Ils sont âgés, ils ne transpirent pas trop » 

Tout juste sortie d'un énième arrêt maladie, Stéphanie travaille dans un Ehpad public. Cela fait plus de 16 ans qu'elle alterne entre des établissements privés et publics. Le constat est sans appel : « C'est de pire en pire et partout ». Au bout du rouleau, elle évoque, des sanglots dans la voix, comment elle tente de faire son travail malgré l'absence de reconnaissance. « J'ai vu les résidents arriver de plus en plus fatigués. Les maladies sont plus lourdes. Peu ont encore toute leur tête », explique la jeune femme. 

Là où elle travaille, il faut compter 2 500 euros au maximum pour une chambre, le prix variant en fonction du niveau de dépendance. « Je fais dix à quatorze toilettes par matinée. Nous avons moins de 20 minutes pour le faire », avoue Stéphanie, en pleurs. « Pour les tâches sur les draps, il faut évaluer et si on en voit une, on inverse le sens et on met la tâche au pied », affirme-t-elle. « Je regrette, je vais à l'encontre de mes valeurs mais je ne peux rien faire », ajoute-t-elle. Le manque de personnel, les «filles» l'ont fait remonter à la direction. La réponse : «Il faut mieux s'organiser». « On nous demande que les résidents aient l‘air propres et qu'ils sentent bon. J'avais dit à la direction que je n'avais pas le temps de les laver correctement et elle m'avait répondu que les personnes âgées ne transpiraient pas beaucoup donc que ce n'était pas grave », confie l'aide-soignante avant d'ajouter « le pire c'est qu'on se persuade toutes que c'est comme ça que ça doit se passer. Elle est là, la maltraitance. Je m'écoeure ». 

Alexandre*, 29 ans, AS dans le Tarn : « Une couche toutes les douze heures » 

Cinq minutes pour la toilette, une dizaine de résidents à nourrir en même temps, les petits-déjeuners à servir, Alexandre, aide-soignant dans un Ehpad public depuis sept ans en a vu de toutes les couleurs mais envers et contre tout, il garde l'amour de son métier. « On nous demande d'être équitable dans notre temps de parole avec les patients. J'ai un chronomètre dans la tête, je cours dans tous les sens. Si nous n'arrivons pas à tenir le rythme, les cadres de santé nous montent contre nos collègues », raconte le jeune homme. « Cela m'est déjà arrivé de donner à manger à deux résidents en même temps pour aller plus vite. Si nous n'avons pas le temps, on donne des choses hyperprotéinées, le repas saute comme ça. Je vis aussi les contraintes budgétaires où je suis obligé d'évaluer si une couche d'un résident n'est pas saturée, parce que c'est une protection toutes les douze heures minimum », affirme-t-il. 

Gérald*, 42 ans, AS dans le Lot : « On fait en fonction de qui aura de la visite » 

Il a choisi d'exercer son métier de nuit jugeant ne pas être à la hauteur de la cadence en journée. Pourtant Gérald a déjà 18 ans d'expérience à son actif. Il oeuvre dans un établissement privé où 64 résidents mangent, dorment et respirent. « Du fait que je travaille le soir, je n'ai pas les toilettes à faire, j'ai donc plus de temps pour discuter mais c'est toujours trop court. Certains patients sont angoissés avant de dormir, il faut trouver le temps de les calmer », explique-t-il, la voix calme et rassurante. Il récupère souvent ce qui n'a pas été fait la journée mais aussi les maux de ces résidents. « Ils souffrent de cette solitude, ils regrettent d'avoir été placés là par leurs familles », raconte Gérald. « Les consignes du week-end : laver seulement les parties intimes et les mains pour gagner du temps. Au sujet des lits, on considère qu'il y a des tâches «propres», qui ne sont donc pas des tâches d'excréments. On passe notre temps à évaluer si c'est nécessaire. Nous en sommes arrivés à calculer qui est susceptible d'avoir de la visite et donc, si on sait que Monsieur X voit sa femme le dimanche, on va le raser de près et changer son lit, et, pour les autres, on se dit que ça peut attendre », avoue, sans mâcher ses mots, le quadragénaire. « J'ai vraiment des fois l'impression de faire de la merde. Nos conditions de travail empiètent sur celles des résidents », lâche Gérald. Et pourtant, l'aide-soignant garde espoir que les choses s'améliorent un jour. 

Alexandra*, 25 ans, AS Tarn : « Je fais semblant de ne pas les entendre pleurer » 

Étudiante infirmière, Alexandra passe son été dans un Ehpad public en tant qu'aide-soignante. Après trois semaines, elle est sous le choc. « Je fais du travail à la chaîne, j'ai une liste de patients et de choses à faire. Pas le temps de parler aux résidents, j'ai découvert récemment que certains parlaient. C'est la même chose pour le repas, soit on donne la moitié soit on ne donne que de l'eau », raconte la jeune femme. « Lorsqu'on change les personnes, on ne fait même plus attention à la pudeur. Les gestes sont brusques, les patients se plaignent, c'est l'enfer », affirme-t-elle. « Je n'ai vu personne maltraiter volontairement, mais on ne se rend plus compte du mal que l'on fait. Cela m'est arrivé d'entendre des résidents pleurer et de passer à côté en faisant semblant de ne pas avoir entendu. Il n'y a plus de respect de l'être humain », concède celle qui garde quand même l'envie de finir ses études pour exercer sa passion. 

Marie*, 27 ans, AS dans l'Aude : « On nous demande de rien dire aux familles » 

Aide-soignante de jour, Marie a obtenu son diplôme en décembre 2014 et travaille en Ehpad privé depuis 2015. Attachée au bien-être de ses patients, elle considère pourtant que son travail est difficile à faire « comme il le faut ». « On se dit en permanence : j'ai encore X résidents qui m'attendent pour leur toilette… Je dois faire mes transmissions en même temps, je dois faire attention que certains soient prêts à l'heure pour leur séance de kiné… On ne s'arrête jamais », énumère, épuisée, l'aide-soignante. Et du côté de la direction ? « On nous dit bien souvent : « ça ne sert à rien de dire aux familles ou aux médecins que vous n'êtes pas assez nombreuses. On le sait. Mais nous ne pouvons pas embaucher de personnel en plus. On a tant de budget donné par l'ARS et on ne peut pas faire autrement ». C'est scandaleux. On ne devrait pas nous appeler aide-soignante mais wonder-woman ». 

Je suis une jeune infirmière et je découvre depuis peu le monde des maisons de retraite. Pour contrecarrer l'absentéisme (vacances et burnout), on m'a fait faire des horaires doublés (adieu 35h, boujour 70/semaine ). Je suis épuisée, mais pire, pour des raisons économiques je suis seule pour plusieurs dizaines de patients des dizaines de patients dépendants, et souffrant de pathologies diverses. Pour la première fois de ma vie, j'ai crié sur une patiente par énervement... Bonjour la maltraitance de l'infirmière, des soignants comme du résident... 

* Les prénoms ont été modifiés 

 

2. Un diagnostic partagé par des directeurs 

 

Interview Didier Carles, Directeur Occitanie de l'Association des directeurs d'établissements et de services pour personnes âgées (Adespa) 

Quelle est l'atmosphère actuellement dans les Ehpad de la région ? 

Nous voyons fleurir de nombreux conflits sociaux en France. Suite à l'article du Monde sur la résidence des Opalines, dans le Jura, les inquiétudes ont été portées au grand jour. Dans notre région, elles existent également. Tout le monde le sait, nous sommes sous-dotés. Tous les rapports sur notre profession vont dans ce sens. Actuellement, en moyenne, on compte 5,5 professionnels de santé pour dix personnes âgées, c'est bien loin de ce que l'Etat préconisait en 2006 où il parlait d'un professionnel pour un résident d'ici dix ans. Nous avons passé le délai et l'écart est toujours là. 

Une baisse de 200 millions d'euros au niveau national des dotations est annoncée… 

Sur la région Occitanie, cela représente 10 millions d'euros et 280 emplois supprimés dans les Ehpad publics. Tous les directeurs de l'association que je dirige, au nombre de 120, sont vent debout contre cette réduction de budget. Ils ont tous écrit au ministère. Il y a une forte mobilisation même si nous ne prenons pas les banderoles, nous nous soulevons contre cette coupe dans les dotations. Cela va à l'encontre des objectifs fixés, on ne peut pas aller vers plus de qualité avec moins de budget. Il faut que ce projet soit abandonné. Je me mobilise contre cette réduction, je ne peux pas être d'accord. 

Comment cela se traduit-il pour le personnel soignant ? 

Depuis plusieurs années, on touche les limites. Il y a eu plusieurs mouvements de grève récemment que ce soit dans le Lot ou dans l'Aveyron. Ces équipes parviennent quand même à faire des prouesses avec peu de moyens. Au sein des établissements, les personnes âgées sont de plus en plus dépendantes et ont de multiples pathologies, huit en moyenne. Il est nécessaire d'avoir du personnel soignant formé et en nombre suffisant. Le personnel est usé, le taux d'absentéisme ne cesse d'augmenter. Nous connaissons plus d'accidents de travail que dans le bâtiment ! L'usure du personnel est rarement entendue. Il nous faut plus de personnel soignant qualifié et diplômé. En Occitanie, nous sommes en pénurie, les agences d'intérim ne sont pas en mesure de nous fournir cette main-d'oeuvre. Le constat est alarmant et si le budget est réduit, cela ne risque pas de s'améliorer. 

Qu'attendez-vous des pouvoirs publics ? 

Il faut quand même savoir qu'en 2050, 16 % de la population aura plus de 75 ans. C'est un enjeu d'avenir. On nous avait promis une loi sur l'adaptation de la société au vieillissement. On attendait beaucoup de cela. À regarder de plus près, tout est fait pour le maintien à domicile, un secteur en difficulté à ce jour. Nous allons nous battre pour être entendu. Il faut que cela devienne une question de solidarité nationale, il faut que l'état se saisissent de la question. Et s'il souhaite maintenir la coupe des dotations, il faut qu'il nous dise ce que nous ne ferons plus demain… 

Propos recueillis par A.M. 

 

3. En réaction à ces témoignages parus sur la dépeche.fr ce 31/07/2017 

 

les familles témoignent 

"Conseil départemental ,ARS , pouvoir public , ministres , rien a faire des vieux !! c'est la finance qui gère aucune reconnaissance du métier ,embauche que des fessant fonction . C'est du travail à la chaîne de la maltraitance et OUI !! pour les résidents et les soignants et non soignants . la nouvelle tarification ne va rien arranger !! il faut faire du fric !! sur le dos des résidents et familles . Pour avoir des postes supplémentaires il faut ce battre dix ans ,prendre des GIR 1 ou 2 pour faire monté le patos en chié encore plus !! les RPS sont présent de plus en plus de maladies professionnelles ,des inaptitude au poste et pas de reconversion possible .C'est le système D chaque jours .La prise de congé c'est du luxe impossible de poser le week end auto remplacement RTT supprimé .Harcelé au tel pour revenir sur un jour de repos car manque de personnel ,des plannings qui change tous les jours !! j’arrête là merci service public et privé a but lucratif" 

"Incroyable!!! au lieu d'allouer un budget plus important on fait le contraire!! les choses ne sont pas prêtes de s'arranger!!! lamentable!!!! ma mère est décédée en Ehpad faute de personnel et de matériel!!! j'en ai averti l'ARS à l'époque! Vu son âge avancé nous n'avons pas poursuivi qui que ce soit!!! nous aurions pû le faire à quoi bon!!! j'ai des copines qui travaillent dans ces maisons de retraites he bien c'est lamentable!!!! pas assez de personnel! des cadences d'enfer!!!! comme les commentaires ici le disent!!!! Peu être nos politiques se pencheront sur le sujet quand ils auront leurs aieuls dans ces structures!!! mais non suis je bête!!! je pense qu'ils les ont placé dans des résidences mieux!!! " 

"Pour avoir vécu l'expérience avec ma mère dans une maison de retraite de Toulouse ou je faisais à l'improviste des visites , mise à part quelques titulaires qui étaient à l'écoute tous le reste du personnel était incompétent et se foutait pas mal des résidents. Pour exemple ma mère à passé une nuit entière dans le parking du sous sol sur son fauteuil. La seule chose qui intéresse la direction est de faire payer en temps et en heure les résidents , pour notre part 3200 euros par mois;.C'est à Toulouse que cela se passe." 

"Vous avez tout dit, 2600€, à se demander si il seraient pas mieux de créer un autre type de structure, maison à 4 patients, avec du personnel qui prend son temps, je comprends pas bien les coûts de 2600€ et on est dans les moins chers. Une chambre, des repas industriels que certains ne mangent même pas, 2600€. Mouroirs, comme nous disions, pendant mes études il y a 40 ans... cela n'a pas changé, les ministres et autres ont juste changé les noms... Ephad, c'est plus joli, moins imagé, c'est clair, mais pour avoir vu partir mon père aussi, j'ai un peu honte de cette société.." 

"Ma mère est en Ehpad dans le secteur privé à TOULOUSE depuis 1 an,elle a 95 ans,mais à part la surdité,elle a la plupart du temps ( vu l'âge ) sa tête,elle reste assise dans sa chambre du moins les après midi.Elle a du diabète,a fait un petit AVC qui ont entrainé des chutes,elle est en partie dépendante.Il lui faut quelqu'un comme l'on dit.La pension nous coûte dans les 2600€,elle touche 1300€ et a une aide du Conseil Departemental de 200€.C'est propre,confortable,je lui rends visite tous les 2 jours. A force,l'ambiance vous épuise,je comprends le personnel,un fort turn over; c'est un problème que l'avancé dans le grand âge,le pourcentage des personnes handicapées dépasse la moitié des résidents,mentaux,moteurs,il faut voir les repas en salle commune.Au début,je m'y faisais,mais aujourd'hui cela me déprime et c'est triste à dire! " 

"Que dire de plus ! J'ai rencontré un personnel admirable ! Je ne pense pas que cela puisse continuer longtemps comme cela ! Les directions auront des comptes à rendre !" 

"Mes parents sont tous les deux en Ehpad, dans le secteur public (91 et 93 ans). Je leur rends visite 3 fois par semaine et une amie y va 2 fois. Autrement dit, nous voyons la vie du secteur au jour le jour. Je n'arrête pas de dire et écrire que j'admire la foi et le travail du personnel, qui arrive à assurer au mieux avec des moyens dérisoires. Une aile (40 personnes dépendantes en plus) a été ajoutée dernièrement, sans l'ajout d'un seul personnel! Je retrouve tout ce qui est dit dans l'article et que je résumerais ainsi: maltraiance pour les résidents et maltraitance des personnels. Il est vrai que, public ou privé, les problèmes sont les mêmes. Au conseil des familles, nous sommes quelques uns à essayer de faire bouger, mais l'administration reste de marbre: on ne peut rien faire. De plus, beaucoup de personnes âgées n'ont aucune famille, donc personne pour râler. D'où les résultats des questionnaires de satisfaction: tout va bien!!!! juste quelques remarques négatives...!!!! Les familles, comme les personnels (la plupart en contrat, donc muselés) sont impuissants, mais jusqu'à quand? " 

"Et oui la santé côté soignants ( AS et infirmières ) , les grands oubliés de Mr Macron , comme de ses prédécesseurs , le passage de la Matisol Touraine a était une vraie catastrophe . Et je rajouterais pour les infirmières en plus le manque de reconnaissance au niveau salaire pour des Bac+3 qui sont responsables du travail des aides soignantes et à peine mieux payées qu'elles . 

"Brutal passage historique de la fin de vie en famille à l'établissement collectif. A défaut de famille, c'est une entreprise qui prend le relais. Avec des lois d'entreprise qui ne différent pas fondamentalement du stockage de matériaux divers. En tous cas, faire le plus avec le moins de personnels, sans compter avec les contraintes de gestion de toutes sortes. Toutefois, par ces temps de chômage, de démotivation syndicale et de crainte des familles de payer davantage, ne vous étonnez pas si les plaintes surpassent et remplacent les actions concrètes. Jusqu’au jour où la corde ." 

"Je remarque qu'il s'agit très souvent de personnel très jeune ( des jeunes filles, en général ) il s'agit d'un travail physique, ingrat , très ingrat : laver les personnes âgées et s'en occuper comme si c'étaient des bébés ... Le turnover est donc très important parmi le personnel et, du côté administratif et médical c'est difficile d'avoir des informations ...( peu de contrôles, pas de soins dentaires ... par exemple) Il ne faut pas perdre de vue que le cout moyen de l'hébergement est proche des 2300e/mensuels (pour un EHPAD, adossé à un centre hospitalier) pour les familles c'est lourd ; rares sont ceux qui perçoivent une telle retraite ! C'est très dur à vivre ces situations ; voir ses parents infantilisés et parfois mal traités, mal alimentés (cuisine industrielle) Si en plus l'Etat se met à couper les vivres pour ceux qui en ont besoin alors que tant d'économies pourraient être faites ailleurs , cela devient triste et inquiétant On sera sans doute tous amenés à finir notre vie de cette façon: il ne faudrait pas l'oublier" 

"et n'hésiter pas à signaler par écrit à l' ARS vos avis sur ces établissement quand vous rencontrez des problèmes plus il y aura de plaintes sur le bureau de l' ARS plus ils pourront diligenter des enquêtes ;j'ai rencontré des personnes qui se plaignaient de ces établissement mais qui n'ont rien fait dommage pour les autres" 

"Tout comme vous, cela n'est pas normal, voir révoltant. Un membre de ma famille, 88 ans, Alzheimer, 2 800 € par mois. Mauvais traitement auprès de nos anciens. Une honte. Personnel en sous effectif, qui ne pense qu'à envoyer des sms. Nous sommes en train de porter plainte auprès des différents organismes concernés." 

"j'ai envoyé un courrier à l' ARS pour signaler les mauvais soins porté à ma grand mère silence totale : sur, médicamentation ,mauvaise posologie, l'infirmière en chef : petit chef n'écoute rien si vous n'êtes pas le référent du patient alors juste une chose si vous voyiez vos aïeuls dépérirent ou se plaindre écoutez les et agissez , n'hésitez pas à appeler


01/08/2017
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Je suis assistante sexuelle pour personnes âgées


En Suisse, Judith Aregger se déplace en établissement pour personnes âgées et handicapées afin de soulager des envies particulières ou de répondre à des besoins envahissants.
Illégales en France, ses modalités d'interventions, relatées au congrès de la Fnadepa, ont provoqué un feu de questions tant le sujet reste tabou en Ehpad.
Pour combler les besoins charnels parfois débordants de certains résidents, les gestionnaires d'Ehpad français se trouvent souvent démunis.
 
Fin juin, le congrès de la Fédération nationale des directeurs d'établissements et services pour personnes âgées (Fnadepa) s'est tenu à Lille sur le thème "Envies, besoins, plaisirs: et les vieux dans tout ça ?".
L'occasion d'aborder le sujet de la sexualité en Ehpad avec Judith Aregger, assistante sexuelle en terre helvète, où l'activité est légale (voir encadré). "Je fais des accompagnements sexuels pour des personnes en situation de handicap et de plus en plus pour des personnes âgées en situation de grande dépendance", a-telle expliqué au début de son intervention.

Le doyen de ses "bénéficiaires", comme elle les appelle, a 94 ans. "C'est à chaque fois une situation unique, une réponse individuelle, sur mesure".
 
"Je ne viens pas vendre mes services, c'est en fonction d'un besoin". Un besoin clairement exprimé par un résident et discrètement assouvi via une prise de rendez-vous... ou émanant d'une équipe, laquelle a recours à Judith Aregger, avec l'aval de la direction, "lorsqu'un résident commence à toucher les soignantes", les aguicher, voire "les agresser verbalement".
 
L'accompagnement n'est pas une solution miracle, et n'a pas vocation à s'appliquer à tous, a-t-elle tenu à souligner. Aucune structure ne s'est encore "transformée en lupanar", a-t-elle insisté avec humour.
 
Pour elle, "la revendication d'un accompagnement à la vie intime, affective et sexuelle est plus complexe et subtile qu'un simple droit à l'orgasme […] C'est la recherche d'un bien-être total, physique et moral, l'attente d'une prise en compte autant que d'une prise en considération de l'humanité qui réside en chacun de nous".
 
Les plus âgés moins compris que les personnes handicapées
Judith Aregger s'est formée en 2008 en Suisse romande. A l'époque, il s'agissait de devenir simple "caresseur". La question des limites a plus tard évolué en fonction du consentement des deux parties. "Le consentement, une grande question", a-t-elle lancé, notamment en cas de démences ou de handicap mental.
 
Dans certains cas, le besoin apparaît clairement. Elle a cité une nonagénaire dont s'est occupé un de ses collègues. Son mari était décédé depuis 30 ans et son abstinence sexuelle, depuis, ne lui avait jamais posé de problème. "Arrivée en établissement, elle a été prise de panique et a eu besoin d'être soulagée. Elle a été entendue, prise au sérieux".
 
L'un de ses collègues, disions-nous... l'un des rares hommes à officier étant donné que les demandes proviennent rarement des femmes. Judith Aregger attribue ce phénomène au "tabou" pour ces dernières d'exprimer un besoin sexuel. Elle-même intervient toutefois régulièrement auprès d'une résidente atteinte de troubles cognitifs qui souhaite "apprendre à se masturber", utilisant auparavant des outils dangereux car peu adaptés.
 
Judith Aregger a aussi souligné la différence entre les personnes âgées et handicapées, pour lesquelles les équipes manifestent généralement plus de compréhension. "Ils se disent que la personne ne peut pas se satisfaire", alors que les plus âgés sont censés, pour la plupart, avoir eu une vie conjugale derrière eux.
 
"Allocation galante"
 

Le bénéficiaire paye la prestation, à hauteur de 130 euros pour une heure. Interrogée sur la réaction des familles, l'intervenante a reconnu que c'était "un problème", car "souvent les enfants s'opposent", voire dénoncent "une infidélité", même si le conjoint est décédé. De plus, "le coût peut être un frein" car certains y voient "la fuite de l'héritage dans une activité sexuelle"...
 
Un établissement dans lequel Judith Aregger intervient a pu toutefois instaurer "une 'allocation galante' avec une fondation privée", laquelle finance les assistants sexuels pour tous les résidents. Au même titre que "le pédicure et le physiothérapeute", elle doit ensuite entrer un compte-rendu dans le système informatique.

Autre "risque", l'attachement sentimental que peuvent développer les bénéficiaires. "Le fait que ce soit payant clarifie les choses" mais il est vrai que "certains tombent amoureux". Après, "il ne faut pas avoir peur de l'amour", a-t-elle souligné, car le "chagrin d'amour" fait aussi partie de la vie.
 
Pour éviter toutefois que s'installe une dépendance affective, elle espace les rencontres à une fois par mois.
 
Interrogée par une congressiste sur la possibilité que ses interventions soient prises en charge dans le cadre d'une dotation soin, au sens de "bien-être" (et donc puissent, par ce biais, être réglementées en France), Judith Aregger a répondu que "même si la sexualité est bonne pour la santé et qu'elle peut permettre de réduire les médicaments, elle n'est pas une maladie". Elle a affirmé le fait que "l'assistance sexuelle n'est pas un soin" mais "un travail du sexe".
 
Le cadre légal:
En Suisse, le métier d'assistant sexuel est lié à la prostitution (qui est légale), sauf à Genève, où vit Judith Aregger, et où ces accompagnants ont un statut à part. Mais ailleurs, l'assimilation à la prostitution "pose un problème" pour former de nouveaux assistants selon elle.

En France, l'activité s'assimile à de la prostitution, qui est légale dans l'Hexagone mais le recours à la prostitution est désormais passible d'une amende. En outre, le proxénétisme (la mise en relation entre assistant sexuel et bénéficiaire) est prohibé. 

A défaut de réglementation, les gestionnaires d'Ehpad pourront jeter un oeil sur la stratégie nationale de santé sexuelle, publiée fin mars par l'ex-ministère des affaires sociales et de la santé peu avant le changement de gouvernement. Le document comporte un chapitre incitant à "prendre en compte la sexualité des personnes âgées", notamment en établissement.
 
claire Beziau - journaliste - APMnews
 

 


01/08/2017
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L'assistante sexuelle sera-t-elle un métier ?

Les personnes âgées, dépendantes ou non, ont droit à la sexualité 

par Nathalie Levray

 

ehpad-senior-sexualité-UNE© Photographee.eu-Fotolia

 

Le désir et le sexe font leur entrée dans les Ehpad par la grande porte, à l’occasion du 32e congrès de la Fnadepa. Le tabou levé, et alors que l’assistance sexuelle reste interdite en France, l’exercice du droit à la sexualité questionne directeurs et équipes : comment accompagner sans interférer, protéger sans abuser, reconnaître un consentement non verbalisé. Si la fin de vie n’empêche pas la sexualité, encore faut-il être juridiquement prémuni contre les risques de dérapage. Pour adapter les Ehpad à cette nouvelle donne, la formation des professionnels et une réflexion éthique permettent d’anticiper la survenance des situations. La loi d’adaptation de la société au vieillissement offre aux établissements, désireux à la fois de permettre et de protéger, trois outils supplémentaires : l’évaluation pluridisciplinaire, l’annexe au contrat de séjour et la procédure de sauvegarde.

 

L’assistance sexuelle sera-t-elle un métier exercé demain dans nos Ehpad, après l’ergothérapeute, le coiffeur, le chauffeur, etc. ?

Si la France refuse toujours la pratique en vigueur en Suisse, aux Pays-Bas ou en Allemagne, la Fédération nationale des associations de directeurs d’établissements et services pour personnes âgées (Fnadepa) a osé poser la question le 28 juin, dans le cadre de son 32e congrès tenu à Lille, sous le titre « Désir, sexe et 3e âge ». C’est qu’une population plus exigeante, plus consciente de ses droits et actrice de la libération sexuelle arrive dans les établissements.

« Pourquoi ne pas porter le sujet au grand jour ? », interroge Claudy Jarry, le président récemment renommé à la tête de l’organisation. « D’autant que ces sujets sont présents dans nos établissements depuis longtemps, mais personne n’en parlait », ajoute cette directrice qui a dirigé dix ans un Ehpad en région.

La fin de vie n’empêche pas la sexualité

Le tabou est levé. Les intervenants comme les quelque 380 participants reconnaissent l’existence du désir comme un « sujet à partager entre résidents, famille et soignants ». « La fin de vie n’empêche pas la sexualité », commente l’un d’eux. N’empêche, les multiples questions sous-jacentes sont loin d’être résolues.

Louise de Prémonville, qui a passé du temps en Ehpad pour réaliser son film « libérateur de paroles », Le corps des vieux, note une « certaine méconnaissance des professionnels » : pas évident de savoir réagir à une situation, de fixer la frontière entre accompagnement et ingérence, de laisser s’exprimer le désir au sein de la structure et sa satisfaction entre résidents, fussent-ils des conjoints, ou d’analyser un consentement sans verbalisation, etc.

Tout faire pour prévenir les risques de dérapage

Pour mieux connaître et savoir réagir, l’anticipation, notamment par la formation, est une des pistes évoquées à la tribune. Les professionnels peuvent être sensibilisés sur « des clés, des ressorts » mais le constat de la singularité de chaque situation et de la nécessité d’un traitement au cas par cas est partagé.

Même consensus sur les conséquences d’un manque pour appréhender une situation, cerner un besoin et y répondre : les risques de dérapage, voire d’agression, sont réels aussi bien dans les relations entre résidents qu’entre soignants et résidents. Aussi appartient-il à l’établissement et à son personnel de tout mettre en œuvre pour prévenir et gérer ces risques, mais sans rien empêcher de ce qui relève du respect de la vie privée et de la vie familiale, de la dignité et de la liberté d’aller et venir. « L’intimité inclut la sexualité », note David Caramel, avocat.

L’établissement ne peut pas faire l’économie d’un travail éthique

« Le droit à la sexualité existe, même en établissement », ajoute-t-il. Plus de dix textes (1) le garantissent, selon l’avocat.

Un droit qui doit s’équilibrer et s’épanouir dans les limites de l’obligation de sécurité due au résident par l’établissement et son personnel. Une sexualité sur laquelle l’établissement n’a aucune obligation de communiquer avec la famille, même si, dans sa pratique, David Caramel relève qu’aborder le sujet peut désamorcer une situation conflictuelle et anticiper une crise.

Après les outils rendus possibles par la loi de 2002, tels la pose de verrous et d’un appel d’urgence dans chaque espace privé, la transmission des informations et leur traçabilité, la procédure de signalement, l’établissement ne peut faire l’économie d’un « travail éthique », conseille David Caramel, notamment via un protocole de gestion de ces situations.

Trois outils supplémentaires avec la loi Vieillissement

L’avocat défend en outre trois dispositifs de la loi d’adaptation de la société au vieillissement du 28 décembre 2015. L’évaluation pluridisciplinaire définit les « mesures particulières à prendre pour assurer l’intégrité physique et la sécurité de la personne » et « soutenir l’exercice de sa liberté d’aller et venir ». Dans ce cadre, l’« appréciation humaine et médicale » de l’équipe, en lien avec la famille et les proches le cas échéant, peut permettre de répondre aux besoins sexuels d’un résident.

L’annexe au contrat de séjour, dont le modèle est réglementaire, peut concrétiser ces mesures individuelles élaborées par le médecin coordonnateur ou traitant avec l’équipe médicosociale de l’établissement.

Enfin, en l’absence d’interlocuteur familial, l’avocat rappelle l’utilité de la procédure de sauvegarde, étendue aux personnes hébergées dans des établissements médicosociaux.


04/07/2017
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Etre vieux séropositif: synonyme d'isolement et de honte

 

20 minutes article original

Gay Pride: «Etre vieux et séropositif est devenu synonyme d'isolement et de honte»

VIEILLESSE L'association Grey Pride tente de venir en aide aux séniors LGBT et séropositifs, qui souffrent encore plus de l'isolement et de la pauvreté que les autres personnes âgées...

 

 

Illustration Gay pride a Toulouse en 2008.

Illustration Gay pride a Toulouse en 2008. — A.GELEBART/20MINUTES

  • Ce samedi, la Marche des Fiertés se déroule à Paris avec pour mot d'ordre «PMA pour toutes!»
  • L'occasion d'évoquer la problème des gays séniors malades du sida qui font face à une solitude et parfois à une pauvreté importante. 
  • La jeune association Grey Pride espère encourager l'Etat à se préoccuper de ces personnes âgées LGBT oubliées.

« Dans notre société, les vieux, c’est toujours les autres ! », ironise Francis Carrier. Ce samedi, il défilera pour la Gay Pride à Paris. Mais ce qu’il aimerait, c’est qu’on s’intéresse plutôt à Grey Pride, l’association qu’il a fondée en novembre 2016 pour aider les LGBT séniors.


Encore plus isolé quand on est homo et séropo

« Je suis bénévole aux Petits frères des pauvres et je me suis demandé où passaient les vieux gays et vieilles lesbiennes ? raconte Francis Carrier, 63 ans. On ne les voit nulle part. Parce que par peur d’être stigmatisés, ils s’isolent. Souvent, quand vous participez à une association, la première question qu’on vous pose, c’est "vous avez des enfants ?" Plutôt que de s’inventer une vie hétéro ou de subir la discrimination, certains s’enterrent. » Si la solitude fait souffrir bien des personnes âgées, l’homosexualité accentue alors l’isolement.

« Et le sida ajoute encore une couche de plus de discrimination », explique ce séropositif depuis 1984, qui regrette que l’Etat n’ait pas été très prévoyant. Grâce à l’avancée des traitements, on peut aujourd’hui vivre longtemps avec le sida. Certaines études assurent même que l’espérance de vie est la même pour un séropositif traité et pour une personne qui n’est pas malade. « Environ 50.000 séropositifs ont plus de 50 ans, mais dans quelques années, deux tiers de cette population entrera dans le grand âge », avance Francis Carrier.

« Etre vieux et séropositif est devenu synonyme d’isolement et de honte, regrette aussi Didier Lestrade, co-fondateur d’Act up-Paris et de Têtu. Alors qu’on devrait être fiers d’avoir survécu, de s’être battus pour les autres. »

>> A lire aussi: Sida: Comment mieux dépister les séropositifs qui s'ignorent?

Des difficultés financières et des carrières brisées

Cette figure de proue de l’engagement dans la lutte contre le sida dénonce aujourd'hui le manque de reconnaissance. « Le bénévolat ne fait pas vivre, tempête Didier Lestrade, séropositif depuis 1986. Il y a deux ans, je mangeais grâce aux Restos du Cœur, avec tout ce que j’ai donné dans ma vie pour la société. Aujourd’hui, je dis tout haut ce que des milliers vivent dans le silence, assure le presque sexagénaire au RSA. Dans les années 1990, on s’est battus pour avoir accès à des traitements, mais aujourd’hui l’urgence est tout aussi importante pour des séniors séropositifs qui n’arrivent pas à boucler leur fin de mois. »

Le parcours professionnel des séropositifs a souvent été bouleversé par la maladie. « Beaucoup de personnes séropositives ont vécu des ruptures professionnelles et se retrouvent dans des situations chaotiques à la retraite », renchérit Francis Carrier. Soit parce qu’ils ont milité pendant des années bénévolement, soit parce que leurs problèmes de santé leur ont imposé des parenthèses dans leur carrière… « Quand vous travaillez en entreprise, un salarié reste pour toujours le malade du sida et n’aura pas le même trajet qu’un autre », ajoute le fondateur de Grey Pride.

Un manque de moyens qui peut s’avérer dramatique. « Bien sûr, l’espérance de vie des séropositifs a beaucoup augmenté, reprend-il. Mais quand on vit avec 800 euros, sans ami et au cinquième étage sans ascenseur, elle risque de chuter vite ! » Et la solidarité ne va pas forcément de soi. « Le regard de la communauté LGBT sur ses vieux n’est pas tendre, reconnaît Francis Carrier. Le modèle dominant reste le jeune de 25 ans musclé avec un petit cul. »

Comment aider ces séniors séropositifs ?

Francis Carrier ne manque pas d’idées pour améliorer la situation de ces séniors séropositifs et plus généralement LGBT. « En gériatrie, le personnel n’est pas formé sur le VIH. Et on a bien vu dans les années 1980 la force de la peur sur le sida… » Lui espère avec cette association constituer un groupe de pression pour que l’État se penche sur ce sujet. Pour que les personnes âgées ne soient pas oubliées dans les messages de prévention. Pour que des EHPAD pour LGBT voient le jour…

En attendant un tel changement, il tente de reconstruire du lien social, grâce à une ligne d’écoute deux fois par semaine et un salon ouvert une fois par mois. « Parce que la première étape, c’est de les rendre visibles, de leur rendre leur fierté, leur droit d’exister », plaide Francis Carrier.

Il l’assure : la problématique est transversale. Rejoint par douze associations LGBT, Grey Pride se veut un espace de réflexion sur la vieillesse et le VIH, mais aussi sur l’habitat, la solidarité, la discrimination, le sport. Le collectif va également participer au Gay Games à Paris en août 2018. Autant de relais pour se faire entendre. D’ici là, le film de Robin Campillo, qui sortira en salle fin août après avoir ému le Festival de Cannes, devrait donner un coup d’accélérateur à cette médiatisation des séniors séropositifs : 120 Battements par Minutes retrace le combat et le courage des membres d’Act-Up. « Le sida nous a beaucoup affectés, déglingués même », résume Didier Lestrade.


26/06/2017
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